Surprises des européennes de mai 2019 : la révolution politique serait-elle en route ?

Léa, Thierry, Eddine, Catherine ou Jessica sont tous Héraultais. Leur point commun : ils sont militants de partis politiques ou bénévoles d’associations qui œuvrent dans un même sens : protéger l’environnement ou les animaux. Au-delà du score inattendu des listes écologiques lors de la dernière élection européenne, ils sont frappés par la prise de conscience de nos concitoyens et sont de plus en plus certains que les attitudes doivent changer.

Le score des listes de défense de l’environnement et des animaux lors de la dernière élection européenne a surpris nombre d’observateurs politiques, au niveau national. Si, dans l’Hérault, l’ampleur du succès est moins frappante, elle demeure réelle. Le résultat du vote n’est qu’un instantané mais nombre de militants politiques ou associatifs notent que les mentalités sont en train d’évoluer. Car les chercheurs tirent la sonnette d’alarme (pour une fois ils sont tous d’accord !), le climat et donc la terre sont en danger. À l’image du mouvement Colibri, initié par le penseur Pierre Rabhi, nous sommes « tous concernés », pour reprendre un slogan publicitaire. Au niveau politique, le représentant en Biterrois d’Europe Ecologie les Verts, Thierry Antoine, s’en réjouit. Il a beaucoup tracté et toujours reçu un très bon accueil. Il « perçoit un changement ».

L214 utilise toute sorte d’actions de sensibilisation

« Changer des perceptions », c’est aussi ce que veut Jessica Bosseaux, référente héraultaise de l’association L214. « Nous sommes une association qui prône l’antispécisme positif, comprendre, par l’éducation, quel regard nous devons porter sur les animaux ». La jeune femme admet que le processus est long, mais savoure que l’association, encore méconnue il y a peu, soit désormais implantée dans le paysage national. Les vidéos chocs tournées dans les abattoirs ou dernièrement dans un laboratoire expérimental ont participé à la popularité du groupe. Elles participent clairement à la prise de conscience collective en train de se produire. Mais le fer de lance de Jessica Bosseaux, c’est diffuser un message, visage découvert. « L’objectif est de casser les clichés sur le végétalisme et le véganisme. » Le principe qu’elle développe est que le climat s’améliorera si on limite la consommation de viande. Au local de l’association, ses démonstrations s’accompagnent de mignardises végétaliennes, sans œufs et sans lait. « C’est très bon ! » L’association propose des outils pour faire bouger les gens, qui permettent de connaitre les substitutions.

Promouvoir la culture du soja

Un des moyens pour y arriver est de planter du soja, riche en protéine, destiné à la consommation humaine et, est-ce utile de le préciser, garanti sans modification génétique. C’est là qu’intervient le parti Animaliste, pour qui la culture de cette plante est une revendication. Catherine Bry, une « bénévole » qui vit à Pailhès, en est persuadée : « La réduction de la consommation de viande s’impose. » En conséquence, elle espère rendre les terres agricoles actuellement utilisées pour l’alimentation d’animaux d’élevage à la culture du soja par exemple, qui pousse très bien dans le sud de la France.

Catherine Bry se considère de gauche, mais depuis que le parti Animaliste existe, elle lui apporte sa voix. « J’ai été investie pour l’élection européenne, j’ai tracté, à Béziers, à Pézenas. Et le jour du vote, le dimanche matin, j’ai fait le tour des bureaux pour déposer les bulletins que j’avais imprimés. » Elle a toujours aimé les animaux et a même créé une association de chats libres, un animal « qu’on adore ou qu’on déteste ». Elle a longtemps côtoyé des chasseurs, dans sa famille, que le comportement a fini par « choquer ». Francilienne, elle s’est expatriée à Pailhès pour être proche de la nature.

Project Ocean Rescue, l’association phare de Béziers

La nature, les Biterrois Benoit Schumann et sa compagne Léa Garcia la défendent becs et ongles depuis 2015, au moyen l’association que le jeune homme a fondée : Project Ocean Rescue. Rappelons que l’association est soutenue par le prince de Monaco ou Jean Dujardin et que l’Héraultais s’est rendu, en octobre dernier, au siège de l’Onu à Genève pour présenter ses actions. Car même de Béziers on peut changer le monde. « Benoît est pompier professionnel. En saison, il travaille comme surveillant de plage. Quand il voyait les papiers sur le sable, il en avait ras-le-bol, il a voulu prendre les choses en mains », se souvient la jeune femme. De là, une page Facebook a été créée puis très vite les choses se sont emballées.

En plus des images de pollutions des plastiques que de nombreux sites diffusent, les actions de Benoit, Léa et leur association sont concrètes. Les messages passés dans les écoles et surtout les opérations de nettoyage valent mille vidéos et font effet boule de neige auprès des parents, de l’entourage. L’association connaît localement un si grand succès aujourd’hui que les politiques font tout pour être vus à l’occasion de ses opérations.

« En 2018, nous avons mené quinze opérations et ramassé dix-huit tonnes de déchets », explique Léa Garcia. Le but est de recycler plastiques, métaux ou verre. Ce printemps, les plastiques ramassés par les armées de bénévoles de Project Rescue Ocean ont permis de créer la nouvelle bouteille de shampoing de Head and Shoulders. « En avril, nous avons collecté 6,4 tonnes de déchets en deux heures sur le canal du Midi, autour des Neuf-Ecluses. C’est notre plus grosse opération », note Léa Garcia. Deux cent personnes ont sondé huit cent mètres de rives, profitant du fait que le canal, en cette saison, était asséché.

Pour Pentecôte, l’association biterroise était à Lacanau, en Gironde, une action soutenue par le comédien Guillaume Canet. Cet été, elle multipliera les actions (les dates sont sur www.facebook.com/projectrescueocean). L’association compte une centaine d’adhérents et des antennes notamment à Paris et Marseille, mais aussi en Côte-d’Ivoire, Maurice, Thaïlande et Bali. Dans ses antennes, tenues par des francophones engagés, les moyens sont souvent limités malgré l’aide du siège, mais les actions réelles. Dans ces contrées lointaines, la défense du climat et de l’environnement est aussi une valeur universelle qui fait des petits.


EELV, le précurseur voué à disparaitre ?

Thierry Antoine est le représentant d’EELV pour le Biterrois

Au niveau de l’élection, pas grand monde, même les premiers concernés, ne s’attendait à de tel score d’EELV ou du parti Animaliste. L’Héraultais Eddine Ariztegui, vice-président du parti Animaliste, soutient « que les animaux peuvent ressentir des sentiments et des souffrances ». Le mouvement incite à « reconsidérer nos relations avec tous les animaux, à les respecter, à les laisser vivre dans un environnement adéquat à leurs besoins physiologiques et sans souffrance ». La question politique du parti Animaliste se pose alors car son co-président veut « créer un cadre légal protecteur ». Certes, Eddine Ariztegui regrette de ne pas avoir d’élus pas mais assure avoir un « impact sur les programmes et les discours des autres partis politiques ». En ce sens, il rejoint sans doute EELV. Thierry Antoine apprécie que tous les autres partis prennent conscience de la nécessité de protéger l’environnement. EELV serait-il donc caduque ? Peut-être pas quand même, pas de suite en tout cas, car si Thierry Antoine reconnait courtoisement les efforts communs, il continue de prêcher pour sa paroisse. « Certains sont contradictoires, comme du côté de LREM où on parle d’énergie, de climat mais où l’on défend les centrales nucléaires. Nous, nous restons cohérents. »

Eddine Ariztegui co-préside le parti animaliste

Une tendance semble quand même se dessiner clairement. Le succès de l’écologie oblige tous les responsables politiques, locaux comme nationaux, à œuvrer dans le sens de la protection et de la préservation du climat. Il semble évident que la sensibilisation des citoyens sur ce thème entraine une augmentation du vote pour les partis écolos et que le vote pour ces partis renforce la sensibilisation des citoyens. Un cercle vertueux en somme.

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