Hérault Underground : Demi Portion, Le Parrain de Sète.

Pour les sétois il reste Rachid Daif. Pour le reste de l’Hexagone, il est l’une des figures incontournables du hip hop tricolore. Bientôt un quart de siècle que l’artiste héraultais s’évertue à faire évoluer son flow « jamais dans le tendance mais toujours dans le bonne direction ». Une parole consciente et authentique, des actions qui mêlent culture et social dans sa ville natale où il habite toujours, il est aussi l’organisateur d’un festival qui voit défiler ce que la nouvelle génération du rap français a de meilleur. Si sa rage s’est teinte de sagesse au fil des années, sa voix a pris de l’épaisseur et ses textes ont gardé leur force. En attendant son interview dans un prochain numéro, retour sur un parcours exemplaire qui l’aura vu passer de jeune rappeur talentueux à prétendant à la couronne. Le tout sans faire de compromis.
Grande Gueule

On peut retrouver sur internet l’enregistrement live d’un morceau joué à Béziers en 1997. Demi Portion est âgé d’environ 14 ans. Et sa conviction saute aux oreilles. Rachid boxe peut être en poids plume mais ils balancent ces mots comme des jabs à la figure de son auditoire. A cette époque il a déjà a son actif la première partie de Fonky Family, groupe culte du rap marseillais. Deux ans plus tard, à l’aube de l’an 2000, il fonde Les Grandes Gueules avec son ami Sprinter. C’est durant les années suivantes qu’il commence à se faire un nom lors de freestyles fiévreux et apparaît sur des compilations produites par d’autres. En 2005, premier disque dans les bacs : « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Trente cinq titres, plus de vingt artistes présents. On retrouve notamment Monotof qui accompagne régulièrement Demi Portion en concert. En 2008 sort le deuxième volet, quarante titres dont la majorité interprétée par le duo Demi Portion / Sprinter. A écouter : le morceau « Ils n’aiment pas », sorti en clip et qui leur offre une visibilité et une belle carte de visite. Ils enregistrent dans la foulée le seul vrai album des Grandes Gueules à ce jour : « Au Paradis d’Enfer ». Après deux autres petites compiles, c’est l’heure du premier album solo : « Artisan du Bic ». Nous sommes en 2011 et cette année là Rachid publie 3 disques, plus de trente titres et affine son style. Refrains accrocheurs, instrumentales inspirées avec violons, scratch et samples de voix. « On m’a dit » et « Mes Outils » sonnent comme des classiques. Demi P est lancé et ne va plus s’arrêter. Dans « Sous le Choc volume 2 » il rend hommage à un autre artiste sétois : Georges Brassens évidemment, avec lequel il partage le goût de la critique et une certaine morale artistique. En plus de dizaines de concerts partout en France le gamin de l’île de Thau s’exporte à l’étranger : Espagne, Suisse, Maroc, Belgique… Le 17 Avril 2011 il joue à New York City, berceau du Hip Hop, en première partie de grands artistes américains comme Raekwon des légendaires Wu-Tang-Clan.

Classique

Après son second album « Les Histoires », dans la lignée du premier, il prend une année pour travailler toujours en indépendant son troisième opus personnel intitulé « Dragon Rash » (2015). On y retrouve en featuring de grands noms du rap français : Oxmo Puccino, Koma et Mokless de Scred Connexion, ou encore Swift Guad sans oublier son partenaire Sprinter. Le double album est un condensé du meilleur du hip-hop nouvelle génération sans renier les racines old school. Il se classe instantanément en tête des ventes du genre et pour cause, Demi Portion empile les tubes et les chansons fortes : « Dragon Rash », « Demi-Parrain », « Le Dernier Chevalier » ou encore « Peur » ont tout de classiques du mouvement. Succès critique, adoubé par ses pairs, cela ne change en rien Rachid. Humilité, respect, toujours avec le sourire. Fidèle à ses textes : « Attention à ce que tu écris, les petits t’écoutent mon frère ». Shurik’n, l’un des fondateurs d’ IAM, l’invite pour le titre « Ca défile ». L’année dernière, Demi Portion balance son cinquième album (« Super Héros »). Sur la track « Comme un Prince » il réuni le mytique duo Shurik’n / AKH pour s’offrir un feat avec IAM. S’il s’éloigne parfois un peu des standards rap, en lorgnant sur la chanson, Rachid fait ce qu’il a envie de faire et ne se laisse pas dicter ses choix artistiques par la mode. Surtout le fond reste le même, sincère, humaniste, plus mature sûrement. Entre temps il fait profiter l’île singulière de son succès en créant « Le Demi Festival » qui comble le théâtre de la mer depuis quatre ans en faisant passé toute la scène Rap francophone.

Le petit rappeur poids plume des débuts est désormais un poids lourd, de ceux qui remplissent un Olympia comme il l’a fait en tête d’affiche le 19 mai 2018. De quoi rendre fier beaucoup de gens. Car à Sète évidemment tout le monde connait Rachid, tout le monde à sa petite anecdote avec le gosse de l’île de Thau qui est devenu grand. Il a évolué, il a progressé et il a réussi en restant le même, accessible, avenant, tout en discrétion. « On se fait p’tit c’est les principes de Rachid » déclame t il dans « Peur ». Un exemple à suivre que Brassens doit couver d’un regard bienveillant, du haut de son nuage. Heureux d’avoir trouver un digne successeur. Car si Brassens représente à la fois Sète et la chanson française de sa génération, aujourd’hui, c’est bien Demi Portion qui personnifie peut être le mieux le petit port méditerranéen et le mouvement artistique indépendant actuel. « Bic Up ».

Piero Berini

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