Béziers, une ville où la culture a du mal à foisonner

Pas de cinéma en centre-ville, un théâtre trop vite rempli, une absence de salle de répétition et de concert pour les musiciens locaux, des musées fermés : les griefs ne manquent pas quand il s’agit de parler culture à Béziers. La situation d’aujourd’hui tranche avec le riche passé de la ville.

A Béziers, le temps des Injalbert et des Fayet est derrière nous, celui des créations d’opéra également. Aujourd’hui, on parle plus facilement de désert culturel Biterrois que d’abondance de biens et de projet. Sans vouloir assombrir le tableau, il existe plusieurs vrais points noirs, des actions à entreprendre ou corriger. Car il ne faut pas l’oublier, la culture est multiformes !

Les musées
Rentrer au Musée du Biterrois est mission impossible

Pour beaucoup, notamment les touristes, la visite d’une ville passe par la case musées. Et le moins que l’on puisse dire est que visiter un de ces lieux n’est pas des plus simples. Le musée du Biterrois, qui comprend une riche collection archéologique, n’est ouvert que très partiellement, le samedi. Pour le musée des Beaux-Arts situé à l’hôtel Fayet, c’est la même chose.  Quant à l’hôtel Fabregat, c’est porte close. Les deux premiers musées devraient étendre leurs horaires pour l’été, à cinq après-midi par semaine.  Il n’en demeure que la culture de Béziers, au sens historique, est pour bonne partie invisible. Ces fermetures, totales ou partielles, sont dues à un manque d’entretien de ces sites, pointé du doigt par la direction régionale des affaires culturelles (Drac). En novembre 2017, le vol, au musée Fabregat, d’un tableau d’une valeur inestimable, peint en 1916 par Giorgio de Chirico, a sans doute été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Par un tour de passe-passe, le maire de Béziers a annoncé vouloir regrouper tous les musées au Palais des Evêques, à la place de l’ancien tribunal, derrière la cathédrale. Alors qu’au moment de son élection, il voulait vendre ce bien municipal à un promoteur privé pour réaliser une résidence senior. En coulisses, on pense que le futur grand musée de Béziers ne verra pas le jour avant cinq à huit ans minimum. Et on avance le chiffre colossal de 70 millions d’euros, d’après une estimation qui correspond à celui du musée Soulages de Rodez. Un tel projet ne pourra se réaliser sans consensus scientifique.

Les cinémas
Du cinéma le Palace, il ne reste plus que la façade

Qui dit culture dit aussi cinéma. Narbonne a sa salle d’art et essai en centre-ville. Béziers non. Les deux multiplexes, au Polygone, certes à un saut de puce du centre-ville, et à Villeneuve, en périphérie, affichent souvent les mêmes films. Il y a une quinzaine d’années, le Kursall et le Palace permettaient encore en voir des films en VO, d’Almodovar ou de Woody Allen par exemple, ou de jeunes réalisateurs, avec toujours, bien sûr, les champions du box-office. Mais ça, c’était avant. Les salles du centre-ville ont toujours eu leur utilité, entre les personnes qui ne peuvent pas aller jusqu’au Polygone, les cinéphiles absolus et ceux qui, philosophiquement, préfèrent les petites salles. C’est le constat qui avait été dressé au moment de la fermeture du Palace en 2011, qui comptait encore plusieurs dizaines de milliers d’entrées chaque année.

L’offre de théâtres et de salles
Le théâtre des Franciscains pourrait devenir un lieu de résidence pour les artistes locaux

En matière de théâtre, il existe un mystère. Pourquoi Béziers n’a-t-elle pas de scène nationale, alors de Narbonne et Sète en ont ? Là encore, Béziers semble quitter les écrans radars en matière de culture. La programmation du théâtre municipal offre pourtant une programmation cohérente pour une ville de 75 000 habitants, avec toutefois le défaut d’avoir une petite jauge de 450 places. La plupart des billets sont vendus en abonnement. Un système qui empêche le renouvellement du public. La nouvelle salle de spectacle Zinga Zanga joue son rôle de divertissement, avec des spectacles populaires mais avec une billetterie pas forcément bon marché. Rares sont les événements à moins de 40 euros.

Là où le bât blesse, c’est sur la proposition de salles de répétition et de spectacles à destination des musiciens en herbe de Béziers. A Carcassonne, ville pourtant moins peuplée que la sous-préfecture héraultaise, il existe la salle du Chapeau Rouge, où les artistes peuvent rester en résidence le temps qu’il faut. Le conservatoire, géré par l’agglo, a mis une salle à disposition à Sauvian. Sur Béziers ville, cela manque. Parmi les pistes envisagées, on trouve d’anciens sites industriels ou agricoles. Si le lieu choisi est en centre-ville, il devrait être soumis à un respect des normes acoustiques, pour l’intérieur de la structure comme pour ses abords. Le théâtre des Franciscains, qui jadis accueillait la troupe de Jérôme Savary, semble être l’endroit idéal même s’il n’est, pour le moment, pas suffisamment exploité. Les rapports avec les publics de la ville, comme les écoliers, collégiens ou lycéens, personnes isolées, âgées, souffrants de handicap, sont par conséquent bien trop limités. A Carcassonne, la salle du Chapeau Rouge sert de point d’appui à la médiation culturelle.

La zone blanche estivale

De nombreux guides, qui sortent notamment en fin de printemps, présentent les temps forts estivaux des villes de la région. Si on compare Béziers à Narbonne, on remarque qu’il existe trois festivals de musique à Narbonne, un classique, un jazz, un populaire, en juillet et aout. Béziers ? Aucun ! Les deux initiatives menées par la précédente municipalité de Raymond Couderc, Festa d’Oc, (des spectacles sur le thème « l’Occitanie accueille le monde ») et « Swing les pieds dans l’Orb » (des concerts gratuits dans l’amphithéâtre du Pont Vieux) ont été balayées d’un revers de main par Robert Ménard aussitôt installé dans le fauteuil de maire.

L’été à Béziers, il n’y a pas plus d’expositions, de théâtre. A la place, Biterrois et touristes ont droit à un grand spectacle son et lumière, sur le parvis du théâtre ou place de la Madeleine. Le budget de la production s’élève à 200 000 euros et le scénario est écrit par le service com de la mairie avec une réécriture à peine voilée des figures historiques locales que sont les Cathares, le meneur de la lutte vigneronne de 1905 Marcelin Albert (même s’il était originaire d’Argeliers, dans l’Aude, à 35 km de Béziers), le créateur du canal du Midi Pierre-Paul Riquet ou le résistant Jean Moulin.

Des bons points, quand même

En matière de culture, l’agglomération Béziers Méditerranée a son mot à dire. C’est elle qui gère la Médiathèque du Champ de Mars et ses 23 000 inscrits, un nombre qui a été multiplié par 4 depuis la fin de l’ère de l’ancienne bibliothèque municipale, devant le lycée Henri-IV. Elle est surtout à la tête d’un réseau de médiathèques de l’agglomération et mène de nombreuses actions culturelles, des conférences, des activités gratuites. Elle est aussi ouverte le dimanche après-midi, moment parmi les plus fréquentés de la semaine.

L’Agglo gère aussi le Conservatoire, dont le rayonnement est départemental, avec des sections danse, musique et théâtre. Soixante pour cent des 1100 élèves viennent de Béziers. Des classes de trois collèges et d’une école, classés prioritaires, bénéficient d’horaires aménagés. Il s’agit, pour la danse, de Jean-Perrin, pour le théâtre de Riquet et pour la musique de Krafft et de l’école les Romarins.

Enfin, le cinéma du Polygone pourrait prochainement évoluer puisqu’il a demandé le label art et essai, une réponse devrait être apportée avant la fin de l’été. Ce classement impose un cahier des charges très précis, avec notamment un nombre de séances et de films répondant à des critères détaillés. Ces œuvres doivent être des courts métrages, venus de pays peu diffusés en France ou n’ayant pas obtenu l’audience en rapport les qualités du film.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *