Quand l’art singulier se conjugue au pluriel

Les artistes de l’association Encres & Pigments ont fait le pari audacieux d’entrechoquer leurs pinceaux avec ceux de personnes non valides.

C’est l’histoire d’une douzaine d’artistes qui se sont réunis, il y a deux ans, au sein de l’association Encres & Pigments pour créer un collectif : « Les Singuliers ». Un collectif issu de la réflexion de la peintre plasticienne Pascale Salles – dit Pasa, devenue la responsable artistique d’un projet inédit et audacieux. « J’interviens depuis quatre ans au sein du foyer d’Agly à Rivesaltes – sous l’égide de l’Association des paralysés de France-, relate Pasa. J’y animais des ateliers d’arts plastiques mais au bout de quelques mois, je me suis aperçue qu’il manquait quelque chose. Ces personnes lourdement handicapées, tétraplégiques ou autres, avaient une furieuse envie de créer. »

Les frontières tombent devant les chevalets

Il fallait passer à l’acte, in situ. Alors Pasa a eu l’idée de les faire venir dans son atelier, rue Dupuytren à Béziers, pour produire un acte créatif collectif. « J’ai parlé à mon équipe d’artistes de ce projet en duo, entre artistes valides et non valides. Ils ont accepté. » Banco. Une fois par mois donc, certains d’entre eux allaient à la rencontre des résidents du foyer. Une autre fois dans le mois, ce sont ces derniers qui investissaient l’atelier de Pasa. Objectif : entrechoquer les pinceaux dans une œuvre à quatre mains sur un thème précis, celui du portrait. Au fil des séances, les résidents sont devenus artistes à leur tour. « Je voulais les sortir de leur lieu de vie marqué par les soins, les rythmes réguliers d’un foyer pour handicapés. Ce n’est pas de l’art thérapie. C’est de la production artistique pure. »

Et le pari est remporté. « Nous avons été subjugués au point de ne plus savoir discerner la patte du valide et celle du non valide ! », avoue Pasa. « Au début, j’avais peur, et puis je me suis dit, pourquoi pas ?, enchaîne Christine, peintre. Nos bobos quotidiens sont oubliés le temps d’une couleur, d’un dessin, d’une peinture. Quel plaisir de partager l’enthousiasme et les rires de tous ».  Patricia se souvient d’une séance : « Il se concentre, sa main se crispe sur le crayon, le trait part, sans contrôle précis, mais avec beaucoup de volonté. Je le guide un peu, on prolonge le trait, une courbe, une pupille et voici qu’apparaît un visage, une expression. »

Une expo à venir au domaine de Bayssan

Certes, cela n’a pas été une mince affaire car leur déplacement demande une grande organisation. Mais « leurs efforts ont été récompensés par le plaisir d’être reconnus en tant qu’artistes, assène Pasa. Au point que lorsque nous arrivions dans leur foyer, ils faisaient des brainstormings ! » Les artistes valides ont également noté des changement dans leur comportement : ils commençaient à s’exprimer, à donner leur avis. « Physiquement, ils se sont transformés. L’un d’entre eux a même eu le réflexe spontané de se lever de son fauteuil, un autre de demander à placer le fauteuil en position debout pour peindre. Là, l’émotion vous submerge… reconnaît Pasa. C’est devenu pour eux un espace de liberté, de bien-être, de développement physiologique, même s’ils sont conscients de leurs limites . »

Les projecteurs ont été braqués sur ces portraits à quatre mains des « Singuliers » dans une véritable exposition au domaine de Pierrevives du Département. Et du 14 juin au 6 juillet, ils seront accrochés sur les murs de la chapelle Saint-Félix au domaine de Bayssan avec une réalisation, en live, des Singuliers. Chapeau les artistes.

Vous voulez en savoir plus? www.facebook.com/pasa.salles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *