Roquebrun : au confluent des difficultés de la ruralité !

Les parents d’élèves de l’école de Roquebrun (605 habitants, 30 km au nord-ouest de Béziers) ont cru tomber de leurs chaises lors des vœux de la madame le Maire, Francine Marty, lorsqu’ils ont appris qu’un poste d’enseignant à l’école du village allait être supprimé à la rentrée prochaine.

Une nouvelle école, un poste en moins : Cherchez l’erreur !

«  On ne peut pas accepter cela, et acter comme si de rien n’était, a dit une parente, faut faire quelque chose pour sauver ce poste ». Il faut dire que ces parents d’élèves ont l’expérience !

 Il y a 5 ans, ils ont,  grâce à leur mobilisation, obtenu un poste supplémentaire. A l’époque, ils avaient œuvrés  d’arrache-pied pour l’unité et la mobilisation générale : pétition largement signée par toute la population, adresse aux syndicats d’enseignants pour le soutien et beaucoup avaient répondus présents ! Sollicitation des élus, délégation auprès des instances concernées.

A l’époque, il s’agissait de 50 élèves de la toute petite section au CM2,  des conditions de travail et d’enseignement catastrophiques s’annonçaient pour seulement 2 enseignants. A la rentrée prochaine, il y aura 49 élèves et toujours 5 niveaux. Un élève en moins et un enseignant en moins ! Drôle de calcul ! Mais à Roquebrun, les parents ne l’entendent pas comme cela ! Ils revendiquent que leurs enfants aient une instruction publique de qualité ! Alors, ils ont repris le chemin de la mobilisation et de la construction de l’unité pour gagner.

La pétition est dans tous les commerces, 2 syndicats  ont déjà répondus, ils sont même allés voir les élus de la commune et leurs ont dit : «  Il faut qu’on y aille ensemble voir l’inspecteur, ils faut que l’ on fasse le dossier ensemble, il faut montrer que toute la population est avec nous, on sera plus forts ! »

A l’inauguration de la nouvelle école, jeudi 17 janvier, en présence du sous-préfet, du Président du Département, du conseiller départemental, de la Maire tous en admiration devant  les quelques murs de l’école sans toit ni fenêtres, les parents d’élèves au vu et au su de tout ce beau monde avaient apposés à l’entrée des pancartes ou l’on pouvait lire : «  Une nouvelle école, un poste en moins : Cherchez l’erreur ! »

Urbanisme, intercommunalité…ou la remise en cause de la souveraineté des communes

L’école, ce n’est malheureusement pas le seul domaine où Roquebrun connait des difficultés avec les services de l’Etat : fin 2016, la commune avait dû renoncer à finaliser son Plan Local d’Urbanisme (PLU), après 15 ans de travail. Jugeant les « zones ouvertes à l’urbanisation trop importantes », la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) avait opposé un véto au projet de PLU élaboré par les élus municipaux. Désormais, les permis de construire et les certificats d’urbanisme permettant de savoir si une opération immobilière est réalisable dépendront entièrement des services de l’Etat (DDTM) et en aucune manière de la commune. Comme le rappelait l’adjoint en charge de l’urbanisme, Joël Canal, « ces années de travail pour obtenir le PLU qui n’ont abouti à rien, Joël Canal a répété que ce qui était autorisable aujourd’hui ne le serait peut-être plus l’an prochain ».

Roquebrun est également confronté au phénomène des intercommunalités dites « XXL », imposées là-aussi à marche forcée par les Préfets. Ainsi dans le journal « Midi Libre » du 9 mai 2017, Francine Marty se disait « inquiète de l’intercommunalité tentaculaire ». Elle donne sa vision sur « cette immense machine qui va nous manger ». Sa Commune s’inscrit désormais dans une intercommunalité de 36 communes regroupant environ 15 000 habitants, issue de la fusion de trois intercommunalités. Sur ce vaste ensemble, il faut par exemple plus d’une heure de route sinueuse pour rejoindre Olargues depuis Olonzac, situées aux extrémités de ce nouveau territoire. Comment envisager des mutualisations efficaces sur des territoires aussi peu denses ? Les enfants d’Olargues iront-ils dans un centre aéré situé à Olonzac ? Dans des entités aux compétences élargies et complexifiées, le risque est grand également de voir les élus dépossédés de leur pouvoir décisionnaire au profit des techniciens, ce qui mettrait en danger la démocratie de proximité. Si les seules responsabilités qui incombent désormais aux élus municipaux sont la gestion des « crottes de chiens » et « le 11 novembre », comment trouver des bonnes volontés pour assurer le travail quotidien de lien social et de prise en compte des attentes des populations ?

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que, selon un récent sondage, près d’un Maire sur deux envisage de jeter l’éponge en 2020 ! Cette question du « blues » des Maires, et notamment les Maires ruraux, mériterait à elle seule un chapitre du « Grand Débat National » !

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