Hérault Underground : GOULAMAS’K, Les chansons comme armes.

20 ans ! Pas encore l’âge de raison mais pour les Goulamas’K une certaine maturité sans doute. Le commando occitan continue d’arpenter les routes et les scènes sans dévier de leur message humaniste et internationaliste. 20 ans et aujourd’hui un nom qui porte haut le drapeau de la région, et de la défense des cultures et langues locales. Mais s’il y a un groupe dont le destin n’était pas écrit, c’est bien celui de Fred. Ou comment passer de la maçonnerie et des squats aux scènes de l’hexagone et au statut d’artiste emblématique.

 » Do It Yourself « 

L’histoire a commencé comme dans un bouquin de Frank Margerin. Le mouvement punk comme contexte, le trottoir comme scène : un zonard baratine une demoiselle. Alors « RMIste professionnel » comme il dit, Fred s’invente en musicien pour plaire à Odile. Au culot, avec le romantisme de la rue. Et ça marche. Evidemment il n’a jamais touché un instrument de sa vie. Le natif de Puisserguier décide d’assumer ses palabres, échange son frigo contre une batterie et commence à jouer avec un sculpteur de fer aujourd’hui exposé dénommé Mosca à la basse : « Le Punk nous avais appris ça : tu ne sais pas jouer ? Parfait, monte un groupe ! » Un groupe, puis deux, puis trois, Destroy du Lirou, Ra’L’Dégout puis Goulamas qui trouvera son « K » au consonance basque plus tard. Pour les concerts c’est toujours le même problème, les lieux manquent, aucune structure n’existe. ça tombe bien, une des maximes punk énonce « Do It Yourself » (fais le toi-même). Chaque village à son groupe, chaque groupe monte son association avec équipes de bénévoles, matos, tireuses à bières et prennent d’assaut les halles des fêtes et autres salles polyvalentes du Biterrois. Fred abandonne la batterie au profit du chant. Sur scène il se révèle, aux autres et à lui-même. Entre deux morceaux ska punk, Fred appelle le public à se regrouper, s’organiser, prendre des initiatives dans la vie locale. Fils de famille espagnole immigrée en France pour fuir le franquisme, le désormais ex-zonard a des convictions et trouve à travers l’écriture et la musique le moyen d’exprimer la rage qui l’anime. Influencé par la Mano Negra, les Béruriers Noirs ou encore Thiéfaine, il découvre le chanteur occitan Claude Marti, dont le message régionaliste fait écho à ses oreilles. « Je me suis dit que j’étais pas là pour rien, que je pouvais toucher les gens avec des chansons. Les concerts étaient l’occasion de sortir le débat des bars et de le mettre sur la place public. » Goulamas prend alors le « K » de Kommando pour devenir Goulamas’K. « Comme dans un commando militaire, les membres peuvent changer avec le temps mais l’esprit et le nom reste… » Une profession de foi à laquelle le chanteur est fidèle depuis plus de 20 ans donc, et qui porte ces fruits aujourd’hui, après des années plus galères. Odile raconte : « Pendant les premières années, Fred s’est fatigué à démarcher les bars concerts, les programmateurs, organiser des tournées. J’ai fait plusieurs formations dans la technique et l’administration du spectacle et j’ai pris le relais » Grâce à ce second souffle et l’apport de musiciens qualifiés et toujours aussi engagés le groupe se professionnalise. Au début des années 2000 ces goulamas (personnage négligé, brouillon en occitan) font crachés les sonos de toute la région avec La Caravane Occitane. Folle épopée dans laquelle le gang de la garrigue joue tous les soirs et rallie à sa cause un public nombreux. Sur scène, pas de compromis, l’énergie déployée et les revendications touchent leurs cibles dans le mille.

Gardarem Lo Larzac

En 2003 la confédération paysane Gardarmen lo Larzac, prépare un grand rassemblement et Goulamas’K va y prendre prendre part de manière mémorable :  » On faisait parti de ce milieu là, de lutte et de contestation. On a réussi à être programmé sur la grande scène, qu’on a participé à monter en tant que bénévoles. Toute la semaine avant l’ouverture des portes on a tous bossé pour l’organisation, c’était un vrai festival, il y avait du taf entre les barricades, la sécurité, les sanitaires, les stands etc…. Nous jouions le premier soir. On traînait comme des cochons malades autour de la scène, bien stressés par la foule qui commençait à s’agglutiner juste avant notre concert. L’équipe technique nous voyant ainsi nous dit gentiment :  » C’est bon les gars, merci pour votre aide mais on a plus besoin de vous maintenant « . Il nous pensait pas du tout artiste ! Et nous de répondre : « Mais, on joue aussi ! » Pas sûr qu’ils nous aient cru tout de suite… » Ce soir là Goulamas’K se produit devant plus de quarante mille personnes pour un moment qui restera gravé dans leur mémoire. Le lendemain c’est Manu Chao qui se produira devant trois cent mille sympathisants.  Même si pour Fred : « On s’en rend pas vraiment compte sur le coup, on voit pas distinctement le public, et puis avec l’adrénaline, on est dans un état second et tout passe très vite. On a pris conscience de la taille du concert grâce aux vidéos sortis plus tard. » Après ça les Goulamas enchaîne avec le premier de leur 4 album et trouve leur vitesse de croisière. Grâce à leur projet de fanfare et aux « Diables de la Garrigue », formation dans laquelle ils mélangent musique électronique et instruments traditionnels avec le talentueux DJ Biterrois Karden, ils jouent désormais partout, là où leur engagement pouvait parfois les desservir.

S’inspirant du milieu associatif barcelonais où il a officié à « Radio Contrebanda », il crée avec Odile « le Cazal » à Puisserguier, lieu associatif et culturel, qui propose des animations et une aide logistique qui n’existait pas quand les Goulamas’K ont commencé. Une incroyable réussite pour ce RMIste pro, ce zonard qu’était Fred, aujourd’hui artiste confirmé et père de famille. Un scénario difficilement envisageable pourtant bien réel, que le chanteur militant continue d’écrire au grès des rencontres et des inspirations : « Le meilleur reste à écrire ! On est plein de motivation et de projets. De nouveaux enregistrement et une tournée en Guadeloupe est dans le viseur ! » Sacré parcours pour des Goulamas…

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