Capestang – Pierre POLARD : « Trois défis : services publics, logement, développement économique local »

Pierre Polard est le maire de Capestang, une petite ville très animée située à 15 km à l’ouest de Béziers. Consultant en gestion de PME, il s’y est installé en 2003. Elu en 2014 avec l’étiquette du Parti Socialiste avec 54,7% contre le divers-gauche Michel Gary, il a adhéré à la France insoumise en 2017, ne se sentant plus en adéquation avec les idées trop libérales défendues par le Parti Socialiste. Il a par ailleurs publié un livre en mars 2018 aux éditions Librinova qui s’intitule « De la suite dans les idées » où il expose sa vision de l’aménagement du territoire.

INTERVIEW
Pierre Polard, Maire de Capestang
Pierre POLARD : « Trois défis : services publics, logement, développement économique local »
« Si j’ai rejoint la France Insoumise en 2017, c’est avant tout par fidélité à mes idées »

Agora du Biterrois : Tout d’abord, pouvez-vous présenter votre parcours politique et professionnel ?

Pierre Polard : J’ai 47 ans, je suis arrivé à Capestang par le hasard des rencontres. Je suis consultant en gestion pour PME. Les élections municipales de 2008 ont été pour moi l’occasion de m’engager concrètement dans la vie politique de ma commune. Je faisais partie de la liste qui affrontait le maire sortant Claude Guzovitch, qui a été réélu. Avec un petit groupe issu de la liste, j’ai pris part entre 2008 et 2014 à la rédaction d’un bulletin d’information sur la vie municipale de Capestang, dans lequel nous faisions part de nos remarques et réflexions. En 2014, j’ai été choisi pour prendre la tête d’une liste orientée à gauche et soutenue par le Parti Socialiste. Le maire sortant ne se représentant pas, j’ai dû affronter l’un de ses adjoints Michel Gary et nous avons été élus. Si j’ai rejoint la France Insoumise en 2017, c’est avant tout par fidélité à mes idées, parce que je pensais que le programme « l’Avenir en Commun » était le mieux à même de répondre aux enjeux de notre pays. Je constate d’ailleurs que bon nombre de revendications des « gilets jaunes » sur la justice sociale, la fiscalité, les services publics sont en totale cohérence avec ce programme, qui reste plus que jamais d’actualité.

« De plus en plus de collectivités nous sollicitent pour s’inspirer de notre projet. »

Après presque cinq ans de mandat, quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ?

Je pense pouvoir dire que le Centre Municipal de Santé est la réalisation qui me rend le plus fier. C’est la première de ce type dans l’Hérault ! Son activité monte régulièrement en puissance et il a atteint l’équilibre financier dès cette  d’année. C’est une réponse de proximité à une attente majeure : la santé pour tous. C’était un défi ambitieux que nous avons réussi et qui sert désormais d’exemple. De plus en plus de collectivités nous sollicitent pour s’inspirer de notre projet (Sauvian, Figeac, Orléans, Lavelanet…). Son fonctionnement diffère des maisons de santé « traditionnelles », qui accueillent des praticiens libéraux. Schématiquement, il repose sur un principe simple : la commune a embauché trois médecins et deux secrétaires médicales. Nous leur versons un salaire fixe, et la commune encaisse le prix des consultations auprès de la Sécu et des mutuelles, via le tiers-payant généralisé, auquel nous sommes très attachés. En répondant à la désertification médicale, le CMS est un élément d’attractivité de notre commune.

Ce qui me rend fier également, c’est de pouvoir proposer des services du quotidien accessibles à tous : baisse du prix du restaurant scolaire et de la garderie, gratuité des fournitures scolaires et de la médiathèque, PASS’Activités pour les enfants, épicerie solidaire, maison de retraite parmi les moins chères de l’Hérault…

Enfin, il y a la fierté d’avoir investi pour améliorer le cadre de vie, équiper notre commune : travaux de voirie (plan de réfection des rues, parking La Poste…), équipements sportifs (tennis, skate-park, plateau sportif, aire de jeux…), rénovation des bâtiments communaux (économies d’énergie, accessibilité…)…

« J’ai la conviction que les élus sont là pour prendre des responsabilités »

Pouvez-vous revenir sur l’échec de la fusion entre votre commune, Poilhes et Montels ?

Ce projet de nouvelle commune avait pour objectif d’améliorer les services quotidiens et de mieux défendre nos intérêts dans le cadre des inévitables regroupements d’intercommunalités. Cette fusion n’aurait pas compromis l’identité des communes. Cependant, le débat a été instrumentalisé par une minorité qui a agité des arguments fallacieux et anxiogènes. Derrière la grandiloquence de leurs propos se cachaient des velléités moins avouables, pour certains, en vue des prochaines municipales !

On a pu me reprocher l’absence de transparence ou de débat, alors que nous avons largement communiqué dans la presse et les réseaux sociaux dès le début du projet, tenu des débats en conseil municipal et en réunions publiques. Même si le projet n’était pas inscrit dans notre programme de 2014 (et pour cause : la loi sur les communes nouvelles date de 2015), j’ai la conviction que les élus sont là pour prendre des responsabilités, afin de proposer ce que nous croyons le mieux à même de répondre à l’intérêt général, notamment des générations futures.

Mais je ne voulais pas que cette fusion soit le prétexte à la fermeture de services publics. En effet, nous n’avions pas obtenu l’assurance du maintien de l’école de Poilhes, ce qui a donné un coup fatal au projet.

Quels sont les défis que doit relever la commune ?

J’en vois trois principaux : maintenir et développer les services publics de proximité, agir pour le logement, favoriser un développement économique local.

Il est impératif que Capestang demeure un pôle de services de proximité reconnu, pour tous les âges de la vie. Dans cette optique, nous réfléchissons par exemple à la montée en puissance du Centre Municipal de Santé. Nous avons lancé une étude pour regrouper les écoles maternelle et élémentaire sur le site de l’école élémentaire, en prévoyant de nouveaux équipements : restaurant scolaire, salles d’activités, espaces sportifs…

La deuxième priorité, c’est relever le défi du logement. Il faut proposer aux citoyens des logements accessibles à tous, en garantissant la mixité sociale et en limitant l’étalement urbain. Il faut une diversité de forme : petit collectif, habitat intermédiaire, pavillonnaire… Une diversité de statut : accession sociale à la propriété, locatif, locatif aidé… Ce le sens des opérations que nous lançons, en cohérence avec le PLU approuvé en 2012.

Enfin, il faut agir pour un développement économique local et équilibré, pour que le village ne dépende pas uniquement de l’activité touristique. Il faut notamment recréer une agriculture locale nourricière et diversifiée, source d’emploi à l’année non délocalisables. Développer les circuits courts de proximité me semble être un point très important. C’est le sens du partenariat que nous avons initié depuis deux ans avec l’association citoyenne Terre de Liens.

INTERVIEW

Eric Granier, 66 ans retraité de l’industrie après 41 ans de carrière dans l’entreprise la Caméron comme tourneur puis contremaitre fabrication., est issu comme il le dit lui-même dans sa profession de foi lors des élections municipales de 2014 de vieilles familles capestanaises.

Engagé syndicalement pendant plus de 25 ans, il devient en 2008 adjoint à l’environnement poste qu’il occupera jusqu’en 2014. Suite à la défaite de Michel Gary, il devient conseiller municipal d’opposition. Critique de certaines actions du maire, il n’entend pourtant pas mener une liste lors des prochaines échéances électorales de 2020.

Agora du Biterrois : Vous vous êtes opposé au projet de fusion, pourquoi ?

Eric Granier : Je déplore le manque de concertation. Le conseil municipal a été mis devant le fait accompli. Nous avions demandé à Pierre Polard qu’il organise un référendum pour consulter la population sur un sujet si important pour l’avenir de notre commune. Pierre Polard a refusé. Pour lui, le choix devait s’effectuer dans le cadre des règles de la démocratie représentative. La question de la fusion entre Capestang et Poilhes n’a pas été débattue pendant les élections de 2014, cette idée a germé seulement à partir de 2017. Si Pierre Polard était si sûr de son fait, il n’aurait pas eu peur de demander l’avis des Capestanais.

Avez-vous d’autres critiques concernant la gestion de Pierre Polard ?

Il respecte à peu près son programme même si certaines de ses réalisations sont du réchauffé de ce que nous proposions. Par exemple, le centre de santé a été créé par la municipalité précédente. Mais avons eu des difficultés à trouver des médecins ce qui ne permettait pas au centre de fonctionner. Mais l’idée venait de la majorité à laquelle j’appartenais.

Pensez-vous que le ralliement de Pierre Polard à la France Insoumise en 2017 peut jouer en sa défaveur ?

Pierre Polard s’est rallié à la France Insoumise dans la perspective des législatives de juin 2017. Ce ralliement peut-être de convictions est aussi un rapprochement politique et tactique. Pierre Polard a beaucoup de talent et d’ambitions mais parfois on se demande si sa place est vraiment à Capestang.

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