Hérault Underground : Nathalie Sapin, un regard unique.

La lumière, l’ombre, les corps, les mouvements. La beauté parfois étrange de la Vie. Voilà ce que Nathalie Sapin capture et partage grâce à son coup d’oeil aiguisé. Se faire une place dans la photo d’Art n’est pas chose aisée. Mais de projets en projets, de diapositives psychédéliques en portraits loufoques, d’expositions en performances, l’artiste biterroise sait nous toucher.

 » Il s’agit bien de Magie « 

Quel a été ton premier contact avec la photographie ?

Je devais avoir 4 ans. Mon père rentrait tard le soir, nous devions dîner sans lui et régulièrement je refusais de manger.

C’est ma grand-mère qui un jour trouve « le truc ». Elle pose, sur la table de la cuisine, la photo de mon père. Mon chagrin, instantanément envolé. Hypnotisée par son image, je me suis mise à dévorer mon assiette. Mon deuxième rendez-vous se fait en 1987 avec une caméra. Je participais à une formation vidéo. C’est sur un chantier de construction que j’ai découvert la joie d’avoir l’œil derrière un viseur, jouant à mettre en scène lignes, matières, ombres et lumières. J’ai eu la sensation de voir le monde pour la première fois. C’est aussi à ce moment là que je développe ma première photographie en noir et blanc.

Le moment où j’ai vu l’image apparaître dans le bain révélateurs m’a rendu hystérique. Je n’en revenais pas, il s’agissait bien de « magie ». J’ai installé mon propre labo dans la salle de bain.

Quel est ton parcours?

J’ai quitté le lycée pour partir en tournée avec un groupe de rock qui avait besoin d’un éclairagiste. Dès mes 18 ans, je vide mon compte épargne et achète mon premier matériel. À 22 ans je découvre le tirage noir et blanc, je dégotte un réflex argentique et commence ma « quête ». À 23 ans, je rejoins la Compagnie de danse  » Noël Cadagiani  » pour de la conception lumière, c’est là que je commence à intégrer la projection de diapositives « faites maison ». C’est avec les corps des danseurs que j’expérimente la lumière de studio. J’installe mon propre studio, constitue un book, et choisis pour aller plus loin une formation en alternance à la Chambre des Métiers de Nîmes où j’apprends le métier d’Artisan Photographe. J’y obtiens mon Brevet technique.

Pendant plus de dix ans, je transmets « le virus photographique » à des personnes de tout âge en insertion professionnelle. En parallèle, je diffuse mes travaux sous forme d’installations / projections. En 2007, j’intègre l’EMCAM, école de cinéma à Marseille. Je collabore avec plusieurs compagnies de théâtre sur une série de créations vidéo intégrées à la mise en scène. En 2011, Louis Cacciuttolo, me demande de l’aider à mettre en place la production, le tournage et le montage d’un long métrage qu’il est en train d’écrire. Je découvre Hong Kong, Macao, Pékin. Je travaille à plusieurs versions du montage de « Cendre ». Le film fait le tour des festivals internationaux. En 2014 je travaille comme scripte sur un court métrage à Paris, puis sur un long métrage Marocain “ La Isla de Perejill” réalisé par Ahmed Boulane.

 » La Création comme Thérapie « 

Peux tu me décrire comment tu vois ton travail ?

Au début, ma curiosité a été la plus forte, elle m’a donné des ailes. Ce n’est pas simple de demander à des personnes de poser devant un objectif lorsque l’on est autodidacte. Je me souviens de la première fois où j’ai photographié une danseuse, je pensais que l’appareil me permettrait de traverser le corps, et qu’au travers de la chair, y serait révélé les secrets de l’âme. Ce n’est absolument pas ce qui s’est passé sur la pellicule… Mon envie d’être dans le monde sans passer par les mots était très forte. C’est ce qui m’a décidé à en apprendre la technique et obtenir un diplôme. J’ai pratiqué la création comme une thérapie. Les rencontres ont, aussi, une grande importance, la collaboration avec Nina Santès, Kirsten Debrock ont été de merveilleux moments de création. La rencontre avec Sophie Julien est aussi déterminante.

En superposant différents lieux aux passés et expériences différents, je propose de voyager dans une fiction, vers des destinations improbables, assemblages de temps et couches colorées. Retourner à l’âge où l’on s’émerveillait d’images en relief. Quelquefois la question se pose de ce que je veux donner à voir, et par quel moyen j’ai le plus de chances d’y arriver.

Parle nous de quelques artistes dont tu admires particulièrement le travail.

Ma première exposition avant même de pratiquer, c’était à Paris, la rétrospective de HORST. J’adore la lumière d’Edward Steichen, l’humanité de Julia Margaret Cameron, l’art de Man Ray, photographe surréaliste. Je suis une inconditionnelle de la lumière de certains chef opérateurs et réalisateurs : Henri Alekan ( « la belle et la bête » de Cocteau) Christopher Doyle (« In the mood for love » de Wong Kar-Wai) Harris Savides (« Elephant » de Gus Van Sant) Jane Campion, Antonioni, Bergman, Coppola… J’ai eu la chance de participer aux Rencontres d’Arles avec Alberto Garcia Alix, photographe espagnol de la movida. Je suis très touchée par les portraits d’Irving Penn, les polaroids d’Andy Wharhol, les flous de Sarah Moon, les arbres de mon ami Guillaume Chaplot, la couleur d’ Harry Gruyaert… Dernièrement j’ai découvert Cecile Menendez. Quand je retouche mes images, j’écoute des interviews d’artistes, parce que quel que soit le médium, le processus de création reste un mystère : C’est fragile, indomptable. Ça nous rend humble.

C’est justement avec cette humilité que Nathalie Sapin recueille la parole, le témoignage de personnes pour l’installation vidéo « Des mots dans le vent ». Son dernier projet sera diffusé dans le cadre des Hors-Lits que la photographe participe à organiser depuis des années. On a pas fini d’entendre parler de Nathalie, et on s’en réjouit !

Piero Berini

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