Corneilhan, l’heure du réveil et de l’ouverture

La nouvelle municipalité élue en mai 2016 à la surprise générale et menée par la maire Isabelle Hugounet  Pullara veut insuffler une nouvelle dynamique à une commune restée trop souvent à l’écart du développement économique et démographique de ses voisins.  Elle peut s’appuyer dans un esprit de rassemblement sur les collectivités locales (Agglo, Département de l’Hérault, Région Occitanie) pour mettre en œuvre son projet.  Elle doit cependant faire face à une opposition virulente qui conteste notamment son projet de nouveau rond-point sur la RD 154.

INTERVIEW
Isabelle Hugounet-Pullara :  » Notre village se meurt à petit feu. »
Isabelle HUGOUNET PULLARA Maire de Corneilhan

L’Agora du Biterrois : Pourquoi ne pas avoir décidé d’implanter le nouveau rond au niveau de l’embranchement de la route de Lignan? Avec la fermeture de l’actuel carrefour, certains Corneilhannais craignent d’avoir désormais un grand détour à faire pour se rendre dans la commune voisine.

Isabelle Hugounet-Pullara : L’emplacement du nouveau rond-point répond à la volonté  de créer une meilleure desserte des futurs quartiers. L’hypothèse d’un rond-point au niveau de la route de Lignan a été abandonnée car il n’existe pas de voies communicantes dignes de ce nom entre les nouveaux quartiers et le centre-ville, elles sont trop étroites pour être transformées en rues et desservir utilement les nouveaux lotissements. L’actuel carrefour était devenu trop dangereux, avec une circulation à 80 km/h et sans voie de décélération ni d’insertion, la traversée de la route départementale s’apparentait à certaines heures un peu au jeu de la roulette russe. Quant au détour qu’impliquera le nouveau rond-point pour ceux désirant se rendre à Lignan, il s’agit tout au plus d’une minute à 50km/h.

L’opposition vous reproche de mener avec la ZAC  » La Cabrière » une politique d’urbanisation galopante. Ce projet n’est-il pas surdimensionné?

Nous avons réussi à faire adopter un nouveau PLU en conseil municipal qui reprend sur beaucoup de points  celui qui avait été élaboré par l’équipe de Gérard Roque. Je vous rappelle qu’en l’absence de PLU, la commune n’a plus aucune prérogative en matière d’urbanisme. C’est le Préfet qui applique directement le code d’urbanisme, ce qui était jusqu’en septembre le cas de Corneilhan. Quant à la ZAC « La Cabrière », elle se réalisera avec un phasage régulier qui nous évitera dans un premier temps de réaliser les infrastructures nécessaires. A terme, on parle de quelques 200 nouveaux logements, à l’horizon 2030. Notre village connait un vieillissement de sa population, un tiers de nos concitoyens a plus de 60 ans et nous n’enregistrons plus que sept naissances en moyenne par an. Ce déficit de natalité a des conséquences importantes sur l’école communale. A la dernière rentrée, nous sommes passés très près d’une fermeture de classe, il nous a fallu aller chercher de nouveaux élèves dans d’autres communes grâce au système des dérogations. Il est vital pour notre village d’assurer le renouvellement des générations. Un village sans enfant et sans commerce est condamné à mourir à plus ou moins long terme. Il est de notre devoir d’offrir à de jeunes couples, la possibilité d’acquérir un logement et ainsi d’injecter du sang nouveau dans l’économie du village.

Le centre historique n’est-il pas le grand oublié de votre politique d’aménagement?

A travers le PLU, nous pouvons mettre en place une politique ambitieuse pour réhabiliter le centre-ville en accompagnant les propriétaires qui souhaiteraient rénover leur bien en vue de les mettre en location. Comme dans tous les cœurs de ville, nous connaissons des problèmes de stationnement, c’est pour cette raison que nous allons créer sur un terrain une poche de stationnement. Un projet est à l’étude pour le rachat d’un petit ilot de maisons en piteux état afin de le raser de manière à aérer le centre historique. Nous envisageons de déménager l’actuelle mairie dont les locaux ne sont plus adaptés aux normes actuelles, dans la salle des conférences. Beaucoup de ces projets seront en partie financés par la taxe d’aménagement  que nous avons négocié avec l’aménageur pour la  création de la ZAC « la Cabrière ».

Quand vous êtes arrivée aux affaires il y a maintenant plus de deux ans, quelles ont été vos priorités?

Beaucoup de travaux n’avaient pas été réalisés depuis plus de trente ans. De nombreuses infrastructures comme l’école ou la salle polyvalente n’étaient plus aux normes. Nous avons investi plus de 77 000 euros pour refaire toutes les fenêtres de l’école avec du double vitrage et permettre ainsi l’installation d’un système de chauffage réversible. Quant à la salle polyvalente, la commission de sécurité nous avait imposé sa mise aux normes avant le 31 décembre de cette année sous peine de fermeture administrative. Malgré le fait que ces travaux auraient dû être réalisés depuis 2012, nous avons négocié un délai supplémentaire pour les effectuer. Mais une politique municipale attentive aux besoins de ses administrés ne se limite pas au seul entretien des infrastructures. Notre effort se porte aussi sur toutes les actions susceptibles de rendre la vie au quotidien des Corneilhannais plus agréable. Nous avons par exemple embauché un animateur spécialisé dans la prise en charge des « ados » et « préados », qui a mis en place de nombreuses activités au sein du centre de loisir ainsi que des rencontres intergénérationnelles, limitant d’autant les incivilités. La prise de participation dans la crèche de Boujan sur Libron nous permet d’offrir des places garanties pour les jeunes parents. D’autres projets sont prévus comme l’installation d’un système de vidéosurveillance mais il faudra là aussi tenir compte des finances de la commune. Depuis le transfert de la taxe professionnelle à l’Agglo, nous ne pouvons compter que sur l’attribution de compensations qui sont très faibles. Corneilhan est l’une des communes les plus pauvres de l’agglomération.

Propos recueillis par Laurent Gomez

INTERVIEW
Jean-Francois Gelly : « Notre village doit garder son âme »
Jean Franáois GELLY

Même si c’est le prénom de Bertrand qui revient le plus souvent dans les discussions pour défier en 2020 l’actuelle équipe municipale, c’est son frère Jean-François qui fait figure aujourd’hui de principal opposant au sein du conseil municipal. Il faut reconnaitre que l’histoire de la famille Gelly se confond un peu avec celle de Corneilhan, puisque la naissance d’un Raymond Gelly est attestée en l’an 1610. Elu sur la liste de Michel Suère en 2014, Jean-François Gelly est l’un des principaux frondeurs qui ont conduit l’ancien maire à convoquer de nouvelles élections en 2016, élections qui ont vu finalement la victoire de la liste menée par Isabelle Hugounet-Pullara. Déjà à l’époque, c’est principalement une divergence de vue sur l’aménagement du territoire qui avait conduit au divorce entre Michel Suère et une partie de ses colistiers.

L’Agora du Biterrois : Vous êtes avec votre frère Bertrand, à l’origine de la création du collectif « Protégeons Corneilhan » qui fait circuler une pétition contre l’emplacement retenu pour édifier le nouveau rond-point. Quels sont vos griefs?

Jean-François Gelly : L’aménagement de ce nouveau rond-point va condamner définitivement  le carrefour qui permet de relier Corneilhan à Lignan. Son accès sera fermé par un mur en béton et il faudra désormais faire un grand détour de plus d’un kilomètre pour accéder à la route de Lignan. Il aurait été beaucoup plus rationnel de le faire à la place de l’actuel carrefour, d’autant plus que les terrains autour sont déjà la propriété du Département. Le nouveau site choisi va entrainer de nouveaux frais et de nouvelles expropriations, c’est à se demander s’il n’y a pas d’intérêts autres que le seul bien être des Corneilhannais. De plus ce rond-point ne servira qu’à desservir le nouveau quartier en empruntant la rue de La Mouline.La tranquillité de bon nombre de nos concitoyens qui tiennent à leur qualité de vie, va être impactée par un flot de plusieurs centaines de voitures au moins quatre fois par jour. Un collectif de citoyens inquiets de voir les liens commerciaux, associatifs ou médicaux entre les deux communes mis à mal, a lancé une pétition qu’effectivement je soutiens. Celle-ci a recueilli à ce jour plus de 1400 signatures même si tous les pétitionnaires ne sont pas de Corneilhan. Nous regrettons surtout un manque de concertation de la part de la municipalité, il faut savoir que depuis 2016 aucune commission n’a été convoquée.

Vous êtes opposé à la création de la nouvelle ZAC « Les Cabrières », vous ne craignez pas que le village se sclérose?

Nous avons une opposition frontale concernant la vision du développement du village. La nouvelle équipe municipale, comme celle conduite à l’époque par Michel Suère, est partisane d’un développement à outrance du village. L’actuel projet prévoit 300 nouveaux logements ce qui va entrainer une augmentation de la population de 40%. Cette véritable explosion démographique n’est pas raisonnable, car elle va entrainer de grosses dépenses pour la commune. Il faudra mettre les infrastructures en adéquation avec une population qui va s’accroitre en peu de temps de 800 habitants. Mais au-delà de ces préoccupations matérielles, nous voulons sauvegarder notre mode de vie. Ici tous les gens se connaissent, tout le monde se parle. On veut que notre village reste authentique en gardant son âme, on ne veut surtout pas qu’il soit défiguré en se transformant en un village dortoir comme c’est déjà le cas pour beaucoup d’autres. »

Que proposez-vous?

Il faut revenir à une vision raisonnable et harmonieuse du développement urbain avec une croissance maitrisée de la population qui permette aux nouveaux habitants de s’intégrer facilement. Il faut également prendre plus en considération les questions environnementales. Le site retenu pour la ZAC « les Cabrières » se situe en plein milieu de la zone de captage de la nappe astienne. Avec Agde et Florensac, Corneilhan constitue l’un des trois endroits où cette nappe peut se recharger. Bétonner la zone ne nous parait pas judicieux. L’enquête environnementale n’a pas abordé ce sujet tout comme elle a minoré la présence sur ce site de nombreuses espèces en voie de disparition. Ce dossier est bâclé, il y a également de nombreuses irrégularités comme les procès-verbaux qui n’ont pas été signés en conseil municipal. Le préfet n’a toujours pas lancé l’enquête d’utilité publique et je vois mal comment il pourrait le faire si près des prochaines échéances électorales. Lors des prochaines municipales, les Corneilhannais auront donc à choisir entre deux visions diamétralement opposées en ce qui concerne le développement urbain de leur village.

Propos recueillis par Laurent Gomez

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