Béziers, les quartiers oubliés de la municipalité

La géographie, l’histoire et les choix politiques expliquent la relégation de plusieurs quartiers de Béziers.

Bloquée par la présence de l’impétueux fleuve Orb à l’ouest, la ville de Béziers s’est étendue vers l’est. Le centre historique s’est donc retrouvé progressivement isolé et poussé à la périphérie ouest de la commune.  Si la population de la ville a depuis les années 1970 connu des évolutions contradictoires, la commune a continué sa marche vers l’est. Cette extension explique avec l’attrait des villages voisins pour la bourgeoisie locale, le grand nombre de logements vacants notamment dans le secteur du centre-ville. Le déséquilibre du marché immobilier dans le centre tend à  précipiter la baisse des prix entraînant une paupérisation des quartiers  historiques. En 2007, l’Insee dénombrait 5514 logements vides, soit 13% du parc.  En 2015, c’est 7000 logements vides, soit 16.7% du parc biterrois. Conséquence de cette évolution, Béziers est l’une des villes les plus pauvres et inégalitaires de France. C’est la commune de l’Agglomération Béziers Méditerranée au revenu médian mensuel le plus faible. Au sein même de la commune de Béziers, les disparités de revenus sont très fortes.  Dans le quartier de Saint Jacques le revenu médian mensuel équivaut à celui d’un pays en voie de développement (364 euros) tout comme au square Marcel Cerdan dans le quartier de la Devèze (354 euros). A l’inverse, les quartiers plus périphériques de la Crouzette (1828), du Pech du Moulin (1685) ou de la Route de Bédarieux (1607) apparaissent comme plus aisés.

Lors de sa campagne municipale en 2014, Robert Ménard avait mis l’accent sur la situation catastrophique du centre-ville . Une fois élu maire toute son attention s’est portée sur le renouveau du centre historique. Les travaux Place de la Madeleine et Place Jean Jaures ont permis sans aucun doute une amélioration visuelle des lieux. Dans l’ensemble, le centre ville historique semble revivre ce qui parait logique en proportion des efforts budgétaires entrepris par la municipalité en ce sens. Cependant, les autres quartiers pauvres restent en marge de la politique municipale. Pas besoin de sortir bien loin pour s’en apercevoir. A deux pas de la Madeleine, le quartier du Capnau semble toujours autant abandonné avec des logements délabrés où s’entassent des familles en situation de précarité avancée. La promesse de campagne de l’Édile biterrois, une construction neuve contre une rénovation d’un logement ancien n’a visiblement pas pu être tenue. Dans le quartier de Saint Jacques, un des plus pauvres de la ville peu de choses ont changé tout comme à l’extérieur du centre ville historique notamment dans le quartier de l’Hours à quelques pas de l’avenue Wilson et du Polygone où la situation n’est guère meilleure.  Béziers a besoin d’une politique globale pour inclure tout ses quartiers dans une dynamique positive, or celle-ci n’est semble-t il pas une priorité pour Robert Ménard.


Un quartier oublié entre centre historique et périphérie

 Béziers compte de nombreux quartiers très défavorisés comme ceux de Saint Jacques ou du Capnau que les médias citent en exemple quand ils évoquent la paupérisation et le manque de dynamisme du centre-ville. Cependant d’autres quartiers connaissent une situation guère meilleure sans toutefois remplir les pages de la presse locale. Parmi eux le secteur qui s’étend des abords du Marché aux bois jusqu’à la Caserne des pompiers en passant par l’avenue Foch et la  rue Albert Ier,  et qui rejoint par des petites rues la  frontière de l’avenue Clémenceau. Il s’est développé au XIXème siècle,  à proximité de l’ancienne Gare du Nord et de la route de Montpellier (actuelle avenue Clémenceau)  C’était alors un faubourg, où travaillaient et vivaient de nombreux artisans. Il en reste très peu aujourd’hui. Ce quartier central proche du centre historique fait le lien avec la périphérie de la ville via l’ancienne route de Bédarieux.  Il se situe à environ 10 minutes à pied du Champ de Mars et des Allées.

Malgré  cet atout, il concentre selon ses habitants de nombreux maux. Le revenu mensuel de 964 euros par ménage est nettement inférieur à la moyenne de la commune (1124). Il  concentre une population précaire constituée de peu d’actifs, de beaucoup de personnes âgées et d’enfants.  Les nombreuses familles nombreuses et les familles monoparentales y prédominent. Cette paupérisation entraine le départ de nombreux artisans, commerçants et professions libérales. Ce déclin est attesté par les témoignages des habitants et des commerçants du secteur.  Pour Marc 61 ans qui tient un commerce avenue Albert 1er depuis 2003, le quartier s’est détérioré : « Autrefois des familles bourgeoises habitaient dans de beaux appartements anciens. Aujourd’hui leurs enfants sont partis et les grands appartements sont souvent divisés en petits logements pour pouvoir louer davantage. Il s’agit ni plus ni moins que de cages à poules où s’entasse de nombreuses familles pauvres ». Maryse 70 ans retraitée, a choisi de s’installer dans ce quartier depuis 2007 pour sa proximité avec son ancien travail et le centre-ville.  Elle souligne à l’instar de Marc le problème structurel de l’habitat et se plaint de l’état des trottoirs, très abimés dans certaines rues comme la rue Marceau, Louis Blanc ou la rue d’Iéna. Il faudrait un effort dans la décoration et l’aménagement notamment des arbres ou des places pour rendre ce quartier plus avenant et agréable »

 Liberta Santos 50 ans employée dans une épicerie sociale Avenue Foch constate que la   population très diverse (magrébins, gitans, jeunes, personnes âgées) est majoritairement pauvre.  Cette épicerie sociale qui a pris la place au milieu des années 2000 d’une agence immobilière est un symbole des changements intervenus. Elle sert une population très pauvre ne disposant pas de véhicules pour aller faire les courses dans des grandes surfaces. Et Liberta Santos déplore que le secteur ne dispose pas de parking pour pouvoir attirer d’autres clients et permettre à de nouveaux commerces de s’installer. Les places disponibles sont rapidement prises d’assaut et celles qui restent sont payantes rendant son accès plus difficile à des personnes extérieures » De son côté Marc regrette que  les travaux de la rue Albert 1er  réalisés, en 2012 par la municipalité précédente n’aient pas suffit à lui redonner du dynamisme : « Ils ont certes permis de rendre la rue plus belle mais elle a également rétrécie plus ce qui empêche les clients de se garer  pour acheter ».   Maryse termine cependant sur une note plus positive : « Ce quartier est situé près du Collège Lucie Aubrac et de nombreuses écoles ce qui lui donne un certain dynamisme  et espérons le une nouvelle jeunesse »


Le centre-ville, c’est où ? C’est quoi ?

Les quartiers oubliés renvoient immédiatement à ce qui n’est pas oublié. Ce qui nous amène à nous interroger avec nos lecteurs : comment définir le centre-ville ?

Dans les villes moyennes de 50 à 150 000 habitants et au XXIe siècle, le centre-ville ne peut plus être résumé au seul centre historique, aussi agréable et attirant soit-il.  Ses fonctions sont nécessairement multiples.

Par la force des choses, beaucoup d’équipements structurants ne peuvent plus être accueillis ou construits en centre historique : salles de spectacles, cliniques, immeubles de bureaux modernes, infrastructures de transport ou logistiques, stationnements… Le centre-ville doit donc être repensé en fonction de ces évolutions et combiner habitat, services et commerces traditionnels, pour répondre aux besoins de la population.

À Béziers comme ailleurs, ces trente dernières années, nombre de familles habitant de beaux appartements ont migré vers la périphérie où ils préfèrent vivre dans une villa avec piscine, voire dans les villages environnants où la fiscalité était moins importante. De ce fait, les logements moins loués donc moins rentables n’ont pas bénéficié des travaux d’amélioration nécessaires et ont accueilli une population qui n’avait plus les moyens de s’approvisionner dans les commerces avoisinants. La prolifération des hypermarchés, le développement du commerce en ligne ont accentué une moindre attractivité du centre-historique. Les différentes politiques publiques menées avec obstination depuis 20 ans dans les domaines de l’habitat et du commerce ont partiellement corrigé ces phénomènes rencontrés dans la plupart des villes moyennes. Mais de vraies et lourdes difficultés persistent en dépit de la communication municipale.

La poursuite des politiques publiques engagées il y a 20 ans, le temps de l’action publique étant long, passe à l’évidence par une rénovation des logements. Pas seulement des façades. Par un remodelage des espaces publics tel que l’aménagement du forum ou la place de la citadelle, par la construction de parkings comme celui de Halles 2, par un soutien aux commerçants qui doivent se regrouper pour des actions concertées envers leurs clients, par l‘obtention d’une zone franche réclamée depuis 2010, par un moratoire sur les commerces de périphérie, par le maintien ou l’implantation de services publics en tenant compte de leur besoin d’agrandir et de moderniser leurs locaux afin de ne pas être délocalisés à Montpellier tels que la CPAM, le palais de justice, la CAF…

Il apparaît que seules la complémentarité d’activités et une politique pensée globalement peuvent favoriser l’attractivité du centre-ville et que, pour en renforcer les fonctions, il faut le penser et l’aménager au-delà du seul centre historique dont il faut conforter la fonction touristique sans le « muséifier ». Non, le centre-ville, ce n’est pas seulement les allées Paul Riquet. Le centre-ville doit maintenant être considéré comme un triangle vivant : cité historique – ce que tout le monde juge logique –, Hours et champ de mars dont les infrastructures culturelles et universitaires sont un atout fort pour tous ceux qui voudront s’installer à Béziers.

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