Sérignan

Dans notre dernier numéro, nous mettions en évidence l’émergence d’une nouvelle ville « littorale » avec le développement d’une agglomération (Sauvian, Sérignan et Valras) qui à terme devrait compter près de 25 000 habitants. Après Sauvian, l’Agora du Biterrois est allé à la rencontre du maire de Sérignan, Frédéric Lacas. Cette commune attractive connait depuis longtemps, une pression démographique importante. Au début du siècle dernier déjà, le Sérignan originel occitan se peuple rapidement d’émigrés calabrais qui par mélange, donneront au fil du temps son caractère particulier à la population sérignanaise toute entière. Puis vinrent les espagnols, les pieds noirs et aujourd’hui des gens de toutes les régions françaises. Avec une population qui devrait dépasser les 12 000 habitants à l’horizon 2030, Sérignan fort de ses traditions et de sa culture de l’accueil est pleinement conscient de la nécessité d’intégrer au mieux , comme par le passé, les nouveaux arrivants afin de garder cette âme qui rend la cité si attachante.

INTERVIEW
Frédéric Lacas : « L’humain sera toujours au centre de nos préoccupations »
Frédéric Lacas, Président de l’Agglomération Béziers Méditerranée

L’Agora du Biterrois : Votre  commune va connaitre une forte croissance démographique dans les prochaines années, notamment avec la réalisation de la ZAC « les jardins de Sérignan ». Ce véritable boom démographique est-il bien raisonnable ?

Frédéric Lacas : Il n’est pas inutile de faire un petit retour en arrière pour bien comprendre ce qu’est l’AFUA « les jardins de Sérignan ». Il existe deux possibilités pour pouvoir lotir des terrains. La première et la plus courante, consiste à urbaniser via des projets menés par la municipalité. Mais il en existe aussi une seconde, des propriétaires, désireux de construire, peuvent se regrouper dans une AFUA (association foncière urbaine autorisé) supervisée par l’Etat. C’est le cas de Sérignan où en 1987, quelques  320 propriétaires ont obtenu le droit d’urbaniser. Malheureusement, l’AFUA « les jardins de Sérignan » ainsi constituée, a connu de nombreuses dérives qui l’ont conduite à une situation de quasi-banqueroute, entrainant même une condamnation de l’Etat pour défaut de tutelle. Devant cette situation financière catastrophique, certains propriétaires ont alors préféré revendre leurs terrains en 1993  au prix de la terre agricole en échange de l’effacement complet de leurs dettes. L’AFUA a donc récupéré les 10 hectares correspondant grâce à un ultime prêt de  la Caisse d’Epargne. C’est ce rachat qui a permis la relance de cette opération… 20 ans plus tard. Un pool de trois promoteurs immobiliers a acquis ces terrains pour un montant de 12 millions d’euros ce qui a permis  en plus d’effacer la totalité des dettes dues par l’ensemble des propriétaires. Elles se montaient à plus de 4 millions d’euros. Le restant de la somme a permis le redémarrage de l’opération sous l’étroit contrôle des services de l’État. Nous avons donc hérité, si vous me permettez l’expression de ce que j’ai qualifiée lors d’une inauguration de   « patate chaude ». Attention ce n’est absolument pas péjoratif dans mon esprit mais explique la complexité de gérer au mieux pour une municipalité un projet qu’elle n’a pas initié mais qu’elle a le devoir d’accompagner de manière équitable. La commune a  négocié une participation financière réévaluée de la part de l’aménageur  au fur et à mesure de l’avancement positif de l’opération car il était inconcevable que la majorité des contribuables sérignanais  payent pour une opération qui au départ est d’origine privée.

Les habitants de ce nouveau quartier aux portes de Valras, situé à plus de 3 kilomètres du centre-ville sont-ils des Sérignanais à part entière ?

Tout à fait et l’enjeu principal est bien là. Il est indispensable de mettre en place les infrastructures qui permettront à ce quartier de se raccorder le plus harmonieusement possible à la ville,  car ce quartier ne doit pas devenir une ville dans la ville. Nous avons obtenu  grâce à la délégation de service public transport de l’Agglo, une bonne desserte des Jardins de Sérignan avec  notamment  le prolongement de la ligne 16 et la création de deux nouveaux arrêts de bus. Les choses se mettent en place petit à petit pour que les habitants ce quartier en cours de création, il est vrai un peu excentré, se sentent vraiment sérignanais. J’entends leurs attentes et j’y répondrai progressivement mais j’avancerai comme je l’ai toujours fait: avec le souci de respecter de tous les contribuables de ma ville. Songez qu’une AFUA de près de 90 hectares comme la nôtre n’a jamais existé en France et je peux aussi vous affirmer qu’au vu de la complexité de la chose, l’État ne sera pas prêt d’en autoriser une autre.

Quelles ont été vos priorités depuis votre arrivée aux affaires ?

Notre priorité a été de recentrer  la ville sur les citoyens. Nous menons une politique scolaire volontariste. Je vous rappelle que Sérignan est l’une des rares communes de 7800 habitants où l’on  accompagne les enfants de la crèche jusqu’aux études supérieures avec les sections BTS du lycée Marc Bloch. Nous demandons à tous nos établissements culturels de mettre en place des actions à destination des élèves quels que soient leur niveau de scolarité. La Cigalière développe dans sa programmation un lien très étroit avec le monde éducatif.  Pour rester  sur le secteur scolaire, un gros effort a été consenti pour respecter les normes d’encadrement des trois restaurants scolaires et de l’accueil au centre de loisirs. La sécurité et le bien vivre ensemble font partie bien évidemment de nos priorités. C’est pour cela que nous avons doté la ville d’un système de vidéosurveillance,  là encore unique, pour une cité de notre taille. Nos 80 caméras ont permis la résolution d’un nombre conséquent de délits. Le poste de police que nous avons créé dispose de locaux adaptés et permet de recevoir les gens en toute confidentialité. Nous essayons toujours comme avec la future maison des services publics où le service de repas à domicile de répondre aux besoins quotidiens de tous les Sérignanais. Nous nous efforçons de   ramener  systématiquement l’humain au centre des préoccupations.

Vous avez récemment obtenu le classement de votre commune en station de tourisme qu’est que ça change pour Sérignan ?

Financièrement cela ne rapporte rien à la commune, il aurait fallu monter ce dossier il y plus de quinze ans pour toucher des subventions, mais ce classement reste bénéfique pour notre image. Nous comptons tirer profit de notre situation géographique exceptionnelle pour développer les retombées économiques liées au tourisme. La passerelle qui relie en moins de trois minutes le parking au centre-ville fait partie avec le Musée d’art contemporain que nous avons rendu régional , des infrastructures permettant d’attirer vers le centre une bonne partie des 30000 touristes qui séjournent  l’été sur le territoire de la commune . C’est  cette même volonté visant à rendre le centre-ville plus attractif qui nous a conduits à démolir de nombreux immeubles. Il fallait aérer  le centre, le doter de nouvelles places et d’une plus grande capacité de stationnement. Beaucoup de rues avaient également besoin d’être refaites. Nous en avons repensé un nombre considérable. Il s’agit d’une politique d’ensemble où la requalification du centre-ville va de pair avec le développement du tourisme.

Des projets ?

Les projets futurs dépendront de nos finances. Il est hors de question que la ville de Sérignan se retrouve dans la même situation financière que par le passé. En 2008, à notre arrivée aux affaires, la commune était classée en alerte financière par les services de l’Etat. Dans l’obligation de réaliser le gymnase et les aménagements autour du lycée dans les temps impartis, nous avons préféré décaler la réalisation de la maison des associations. Avec la baisse des dotations de l’Etat, si vous ne voulez pas augmenter les impôts ce qui est notre cas depuis 2010, il faut aller à la chasse aux subventions. La passerelle a été financée en totalité par le conseil départemental. Le rachat par la Région du musée d’art contemporain, nous a permis de réduire d’autant nos frais de fonctionnement. De plus le  Musée dispose maintenant de capacités que la commune seule n’aurait pas pu lui offrir. Nous essayons de faire fructifier au maximum nos investissements à l’exemple de la Cigalière qui grâce à sa programmation originale compte de plus en plus d’abonnés. L’éclairage de notre promenade va être totalement repris, prélude à sa réfection complète. L’école Jules Ferry va bénéficier à moyen terme de la reprise et de l’adaptation de ses voiries environnantes. Son entrée sera déménagée rue de la cave boyère et sera équipée d’un vaste parking. J’arrête là, bien d’autres réalisations verront le jour mais toujours dans l’absolue maîtrise de nos capacités financières. Vous le voyez ce ne sont pas les idées qui nous manquent pour rendre Sérignan encore plus attractif et dynamique.

Propos recueillis par Laurent Gomez

INTERVIEW

David Santacreu fait partie des trois membres de l’opposition issus de la liste menée par Cédric Marrot pour les élections municipales de 2014 , face à Frédéric Lacas. Avec un peu moins de 25% , la liste « Sérignan avec vous » avait obtenu 3 élus, Stéphanie Roig, Suzanne Robert et David Santacreu. C’ est ce dernier qui fait figure aujourd’hui, de principal oppposant à Frédéric Lacas au sein du conseil municipal.

David Santacreu : « il faut mettre un frein à l’hyper-urbanisation ! »

L’Agora du Biterrois : Vous n’êtes pas d’accord avec la création de la ZAC « les jardins de Sérignan » alors que la commune prétend avoir accompagné ce projet privé qui aurait pu finir en banqueroute ?

David Santacreu : Au-delà de la ZAC c’est toute la politique d’urbanisation galopante qui ne me convient pas. Les 15 hectares à urbaniser auraient pu l’être d’une autre manière. La densité urbaine à l’hectare a été augmentée, laissant place à des constructions en totale contradiction avec l’identité de Sérignan. Des barres d’immeubles, certains terrain très petits avec une voirie parfois à sens unique, tout cela au détriment du cadre de vie qui dans cette zone aurait pu être pensé autrement. Le maire aurait dû imposer certains critères aux aménageurs et même créer des terrains communaux afin que nos jeunes sérignanais ne soient pas obligés d’aller construire leurs maisons dans les villages voisins. L’environnement, le respect de la nature et l’aspect visuel auraient dû être les maitres mots d’une urbanisation d’un village du Sud (comme aiment se l’imaginer ceux qui rêvent de s’y installer).

L’urbanisation va, malheureusement se poursuivre avec les projets de la Garenque (derrière Lidl) avec 700 logements et la Jasse Neuve où sont prévus 300 logements. J’ose espérer que ces nouveaux projets seront pensés différemment.

Vous ne pouvez pas nier la pression démographique et foncière que connait Sérignan. Que proposez-vous aux nombreux sérignanais ou autres qui cherchent à se loger ?

J’aimerais qu’il y ait une vision d’ensemble pour l’aménagement de notre territoire sérignanais. Nous avions, lors de notre campagne en 2014, fait un trac avec des barres d’immeubles et des grues… La majorité a ricané en disant que nous voulions faire peur aux sérignanais. Qu’avons-nous aujourd’hui ? Des barres d’immeubles à la ZAC « les jardins de Sérignan » mais également dans le centre-ville à la place des entrepôts de Mégnint. Encore et encore, les constructions ? Pourtant, nous aurions pu déplacer les ateliers municipaux à moindre coût pour les locaux déjà construits mais également obtenir rapidement la maison des associations, bénéficiant d’un plain-pied, dans le bâtiment qui servait de magasin, avec un parking accessible et privé. Au lieu de cela, la municipalité va devoir investir pour créer de nouveaux ateliers municipaux (tellement ceux que nous avons sont vétustes) mais également payer environ 1,2 millions d’euros pour rénover le bâtiment prévu pour la maison des associations (ce dernier ayant été acquis pour une somme avoisinant les 500 000€). En définitif, on assiste à la même urbanisation que sur la côte d’azur, avec un bétonnage à outrance. On a pu encore constater ces derniers temps le résultat de cette urbanisation débridée dans le Var, entrainant des inondations catastrophiques…

La mairie n’a-t-elle pas investie dans la mise en place d’un puissant système d’évacuation des eaux en cas de crue de l’Orb ?

Oui, effectivement, la rénovation de l’ouvrage hydraulique au niveau du Casserot est une bonne chose mais cela ne résoudra pas le ruissellement des eaux qui risquent de descendre sur Valras à cause du bétonnage du nouveau quartier « les jardins de Sérignan». A l’origine, cette zone était sauvage, très arborée qui permettait à l’eau de s’infiltrer. Malheureusement, nous verrons le résultat dans quelques années.

Vous serez candidat aux prochaines élections municipales en 2020?

Qui vivra verra.

Propos recueillis par Laurent Gomez

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