Les Frères Jalby et L’APEMM : Une (école de la) vie en Musique

L’institution biterroise fêtait ses vingt ans l’année dernière et rassemblait des centaines de personnes pour une soirée de gala. Se mélangeaient pour l’occasion vieux briscards de la scène régionale et nouvelles têtes blondes assoiffées de mélodies et de riffs. Professeurs et élèves, ensembles sur scène derrières les instruments, sous les feux de la rampe et devant un public conquit par avance. Les barrières tombent, on se lâche, certains touchent du doigt un rêve qui se transformera en passion et peut être en profession. Un chemin qu’on prit à bras le corps Jean-Philippe et Christophe Jalby, respectivement guitariste ( aussi à la basse ou contrebasse au besoin ) et batteurs, fondateurs de L’Ecole de Musique Moderne (APEMM) et également fondateurs du groupe de Hard Rock « Raven ».

Du Presbytère au Grand Odéon.

Si aujourd’hui les deux frangins dédient leurs vies à transmettre l’amour de la musique et de son apprentissage, ils sont tombés dedans dès leur plus jeune âge. Une grand-mère chanteuse lyrique, des cours de piano à 5 ans, dans la maison les Stones et Les Beatles résonnent. En 1972 sort « Made In Japan » des mythiques Deep Purple. Pour les deux jeunes Jalby c’est la révélation. Ils se mettent à la guitare et à la batterie et rentrent au conservatoire de Béziers alors dirigé par René Nan, notamment batteur de Nougaro, et qui tourne des Antilles aux Amériques. Jean-Phi se remémore cette période charnière :  » C’est à ce moment qu’on joue dans notre premier groupe, Sextinteur, j’avais 12 ans. On faisait des reprises de Téléphone dans les booms… » Christophe poursuit : « Mais très vite on a été attiré par la technique et les virtuoses, Van Halen nous a fasciné par exemple. On écoutait Kiss, AC/DC, ou encore Motorhead. On regrette d’être un peu passé à côté de la génération d’avant comme The Who, Led Zeppelin ou Jimi Hendrix qu’on a découvert plus tard. » Peu importe, le virus du rock est dans leurs veines. Arrivé au lycée Sextinteur devient Raven. Les deux frères embauchent José Piernas alors chanteur soliste à la chorale, et sont désormais entourés de Patrick Felten comme deuxième guitariste et José Caceres à la basse. Jean Phi se souvient avec plaisir :  » On répétait au Presbytère de Notre Dame ! Amplis à fond la caisse évidemment… On jouait partout où l’on pouvait. Parfois on se ramenait avec tout le matos à la mairie d’un bled ou au bar et on demandait simplement : « On peut se brancher ? On peut jouer ? » et c’était parti ! » Sacrée époque à l’heure où organiser un concert relève du parcours du combattant. Rapidement un manager les fait tourner dans toute la région et leur réputation gagne les oreilles des spécialistes et professionnels. Le journal Metal Attack leur consacre un article élogieux. Il faut dire que Raven joue un Hard Rock jouissif, avec un vrai chanteur de formation, fait de parties guitares héroïques envoyées sur des rythmiques pied au plancher et nerveuses, ou plus heavy et puissantes. Le combo possède même sa balade comme tout excellents groupes du genre ( « When too metal kids are fighting » ).

Passer le Témoin

En 1983, les petits biterrois sont choisis pour jouer à Montpellier en première partie du groupe culte Def Leppard, porte-étendard de la scène Hard britannique des années 80 ( 65 millions d’album vendus ). Une magnifique reconnaissance et un grand moment pour la jeune carrière des frères Jalby : « Après les balances l’après midi du show, les Def Leppard veulent faire une partie de foot avec nous. Ou plutôt contre nous. Ils étaient anglais, fan de foot et jouaient vraiment pas mal. Nous le ballon, c’était pas trop notre truc. Il nous ont collé un cinglant 11 à 2… ( Rire ). En 83 Le Rockstore s’appelait encore le Grand Odéon. En montant sur scène le public devient fou et nous acclame comme des stars… Beaucoup n’avait jamais vu les Def Leppard et nous ont pris pour eux ! Il n’y avait pas encore internet… Ce quiproquo a mis une sacrée ambiance en tout cas. » Dans la foulée de ce concert Raven enregistre une démo qui deviendra plus tard son unique Album, mais Jean-Philippe et Christophe quitte le groupe et se consacrent à des projets professionnels.

Cependant quelques années plus tard le virus reprend. Avec leurs économies ils montent un magasin d’instruments à Béziers : « La Boîte à Musicos », où ils commencent à donner des cours à la demande des clients pour finir par s’y consacrer et créer l’APEMM. Ils reprennent même le conservatoire et se perfectionnent pendant des années, durant de longues heures de travail au quotidien. A côté les deux frères jouent dans plusieurs formation comme Nougarotribu et Mona Liza, groupes un peu hybrides aux textes français racés et personnels, et à l’univers musical mélengeant Jazz, Pop, Chanson et Rock. Coup de coeur de Francis Cabrel dont ils assurent la première partie, le groupe fait les Francopholies et tourne jusqu’en Hongrie et Russie.

Aujourd’hui l’APEMM fait partie des 30 écoles de musique moderne les plus prestigieuses de France ( FENIJMA ). C’est dans ces superbes locaux flambants neufs, où la scène y possède une place centrale, que Christophe et Jean-Philippe, entourés d’une équipe habitée par les même valeurs, transmettent leurs précieuses expériences, donnent le goût du travail dans la bonne humeur. Forment de futurs professionnels. Deviennent les vecteurs d’un art et d’une connaissance qu’ils savent comment partager à la jeunesse biterroise. C’est parfois là qu’un « mauvais élève » trouvera sa voie, ou simplement une façon d’exprimer son mal-être, de l’oublier ou faire partager ses émotions. D’autres y trouveront leur métier. Les « Jalby Brothers » vous donnent d’ailleurs rendez vous le Samedi 22 Décembre à Zinga Zanga pour le Gala de fin d’année où joueront les élèves de l’école ainsi que quelques invités. L’occasion de découvrir de futures promesses de la scène locale et soutenir une école où l’on apprend avec passion la musique, et plus encore.

Piero Berini

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *