La Guinguette du Singe : à fréquenter sans modération

Aucune publicité tapageuse n’annonce l’établissement qui n’est pas si facile à trouver. Une fois garé sur le petit parking, il faut encore emprunter un chemin sinueux en pente douce pour trouver enfin au milieu d’une végétation débordante, une sorte de cabane en bois faite de matériaux de récupération. C’est le patron qui a lui-même construit de ses mains ce qui au départ ne devait être qu’un cabanon aménagé pour accueillir un groupe d’amis épicuriens. Et puis l’endroit est devenu une guinguette. Mais rien n’a changé depuis, le mobilier dépareillé de l’unique pièce en atteste. Les éléments de décoration rappelant la « belle époque » proviennent pour la plus part de greniers abandonnés.

Plus important que le cadre, l’esprit est resté le même. On y célèbre toujours autour d’une bonne table, le bonheur tout simple d’être vivant. C’est en hommage au mythique film d’Henri Verneuil « Un singe en hiver », que Laurent Kuntz a décidé de baptiser l’endroit : la guinguette du singe. Antoine Blondin l’écrivain du roman éponyme aurait adoré l’endroit. Même si la jonque a été remplacée par un voilier et que le Rhonel qui coule hiver comme été au pied de la guinguette, n’est pas exactement le Yang Tsé Kiang, le lieu reste quand même propice aux beaux voyages, ceux que l’on ne partage qu’entre potes, forcément autour d’une bonne bouteille. Car l’une des particularités de la Guinguette et de ne prélever qu’un droit de bouchon sur les bouteilles servies. On peut ainsi redécouvrir que dieux existe en dégustant une « Marquise des mûres » pour un prix proche de celui rencontré chez le caviste. La carte reflète la cuisine simple, celle des bistrots d’antan où c’est surtout la qualité du produit cuisiné qui est mise en valeur. Notre taulier accorde une grande importance au choix de ses fournisseurs, tous du cru. Les très grands produits de la maison Valero, un ancien du « pauvre Jacques » tel que les andouillettes panées, tête de veau ou autre pied de porc sont mis à l’honneur. Les volailles proviennent de la ferme« Fabiole », les fruits et légumes de la « Fermette » à Réals ou de chez Kachia, bref que de la super qualité.

Et c’est vrai qu’on s’y sent bien chez Laurent, à partager entre amis les fameuses moules à la crème de chorizo devant une quille du domaine Castan. Un peu trop bien même, au point d’avoir parfois à la fin du repas, des envies de toréer à la façon d’un Jean Paul Belmondo, les rares voitures qui passent sur le petit pont tout proche.

Je sais que dès le lendemain de la parution de cet article, certains m’en voudront d’avoir divulgué au plus grand nombre une adresse si rare. Pour être complet, il me semble cependant nécessaire de rappeler à l’attention de nos lecteurs que l’endroit est tout de même déconseillé aux porteuses de talons hauts, aux amateurs de sodas, ainsi qu’à tous ceux qui ont eu à souffrir de la goutte ces derniers temps. Pour les végans, les défenseurs d’une quelconque frugalité, les abstinents de toutes sectes et religions, les aquaphiles et autres armagnacophobes, l’endroit est carrément à proscrire.

Laurent Gomez

La Guinguette du Singe
route de Cessenon, 34370 Cazouls-les-Beziers, 
Tél. 06 20 74 59 32

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