Robert Cavalié : le Robert Hossein biterrois

Robert Cavalié est né à il y a maintenant 85 ans dans la cité de Paul Riquet de parents aveyronnais comme c’est le cas de beaucoup de biterrois de cette génération. Si Robert Cavalié a eu deux vies, elles ont en commun d’être toutes deux étroitement liées à son amour inconditionnel pour la ville qui l’a vu naitre.

Le Mazarin des maires successifs

Après des études à Montpellier où il obtient une licence de droit et un diplôme d’études supérieures en droit public, c’est un concours de rédacteur qui le ramène dans sa chère ville en 1957. A cette époque sous la mandature d’Emile Claparède, le personnel de mairie diplômé n’est pas légion. Très vite le jeune cadre sait se rendre utile, grâce notamment à la qualité de sa plume et à ses connaissances en droit public. Avec l’arrivée de Pierre Brousse, Robert Cavalé promu secrétaire général adjoint va se voir confier les dossiers les plus importants comme le contrat « ville moyenne » ou le secrétariat du « grand Béziers », véritable embryon de la communauté d’agglomération actuelle. En 1977, le nouveau maire communiste Paul Balmigère, bien que pressé par le Parti Communiste pour recruter un secrétaire général politique issu de son sein, nomme à la surprise générale Robert Cavalié à ce poste. Ce poste, il va l’occuper jusqu’à la victoire du socialiste Alain Barreau en 1989, ce dernier bien moins courageux que l’intègre Paul Balmigère se laissera imposer par son parti un sombre filleul de Louis Mermaz. Pendant plus de trente ans et ce malgré les alternances politiques, Robert Cavaillé aura été le Mazarin des maires successifs de Béziers, l’homme des dossiers importants, celui dont l’analyse compte au moment de prendre les décisions importantes. C’est d’ailleurs ce que dénonçait, au début des années 80, le tout jeune rédacteur du « petit Biterrois », un certain Robert Ménard, déjà un brin provocateur, en posant la question en une de son journal : « Qui dirige réellement la Mairie de Béziers ? ». En 1995, notre jeune retraité se laisse convaincre notamment par le sous-préfet de l’époque de participer comme candidat à l’élection municipale. Mais l’heure n’est pas encore aux listes que l’on qualifierait aujourd’hui de « citoyennes» et les propositions démagogiques des principaux candidats relayées par d’encore puissants partis politiques auront raison de ses aspirations.

Un simple chroniqueur

Débarrassé de toute velléité politique, notre homme va pouvoir se concentrer entièrement à sa deuxième grande passion, celle qui ne l’a jamais quitté : l’histoire de sa ville. Son directeur d’école primaire, alors président de la prestigieuse Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, sut éveiller en lui dès le plus jeune âge, sa curiosité pour le patrimoine et l’histoire. Si bien que celui qui se définit comme « un simple chroniqueur», fait figure aujourd’hui de principal historien de notre cité. Sa bibliographie et ses nombreuses conférences ont déjà permis d’apprécier à sa juste valeur, son immense érudition. Mais au-delà de ses connaissances, c’est surtout sa manière de les partager qui fait de Robert Cavalié, quelqu’un de vraiment unique. Car notre « chroniqueur » a pris le parti de nous conter les grands moments de notre histoire à travers des scènes théâtrales à la manière d’un Robert Hossein. En 2002, alors que son association « Réussir à Béziers » organise une journée divertissante autour du siècle d’Or de Béziers avec des jeux, des divertissements historiques et des visites avec guide costumé, Robert Cavalié se découvre des talents de metteur en scène. Son parti est pris, c’est au travers de spectacles vivants qu’il fera découvrir, au plus grand nombre, le riche passé de sa ville : « il y avait une forte demande non seulement des touristes mais aussi des nouveaux Biterrois. Les spectacles costumés représentent un moyen beaucoup plus ludique d’aborder les grands moments de notre histoire, on peut ainsi toucher un plus vaste public. Je n’ai jamais eu une conception élitiste de la culture.»

Les spectacles vont s’enchainer avec un succès et des affluences dignes des plus grandes représentations professionnelles. Citons par exemple, son spectacle intitulé « Tuez-les tous –Juillet 1209» qui sera joué devant plus de 2000 spectateurs aux arènes de Béziers. Car Robert Cavalié a le talent de nous rendre palpable cette histoire, de nous immerger dans le passé en mélangeant grande et petite histoire. Ses spectacles sont toujours emprunts d’une grande créativité comme quand il invente le procès fictif de Simon de Montfort en distribuant les principaux rôles à des hommes de loi locaux, formant ainsi ce qu’il nomme « le barreau cathare ».

Un œil attentif sur la politique culturelle

Aujourd’hui, notre homme qui prépare en secret sa prochaine création, garde toujours un œil attentif sur la politique culturelle de sa ville même s’il n’a plus comme par le passé l’oreille du maire: « je trouve que les nombreux trompe-l’œil qui fleurissent en ville sont une excellente idée, tout comme les spectacles son et lumière. Les nouvelles technologies et les effets spéciaux rendent le spectacle saisissant. C’est une excellente manière d’amener un large public à s’intéresser à son histoire. » Sur l’aménagement du Palais des Evêques et de l’ancienne prison, l’ancien secrétaire général de la mairie espère seulement que l’on s’inspirera de l’exemple de la ville d’Albi : « la transformation du palais de la Berbie en musée Toulouse Lautrec est une vrai réussite. J’ai toujours milité pour le regroupement en un seul lieu des nombreuses collections des divers musées biterrois. Le palais des évêques représenterait un écrin parfait pour accueillir un grand musée. Avec la cathédrale Saint Nazaire, on pourrait créer un fabuleux pôle touristique sur le site de l’Acropole. »

Gageons qu’à l’heure de prendre des décisions importantes dans ce domaine, notre maire saura consulter entre autres, celui dont la vie toute entière fut consacrée au patrimoine de sa bien-aimée ville. Napoléon le Grand disait : « le génie consiste à savoir s’entourer de gens de talent.» Or du talent, incontestablement Robert Cavalié en a.

Laurent Gomez

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