La métropolisation : opportunité ou menace ?

Les métropoles remplacent progressivement les préfectures dans l’aménagement du territoire. Dans le passé, les départements français ont été définis comme des espaces au sein desquels on pouvait rejoindre le chef-lieu en moins d’une journée de cheval. Désormais, la France se réorganise progressivement autour des métropoles, reliées entre elles par des lignes TGV.

La France compte aujourd’hui 22 métropoles, aux compétences élargies sur leur territoire, souvent au détriment des départements : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Brest, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Metz, Montpellier, Toulon, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, Rennes, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse et Tours.

Les territoires se différencient de plus en plus 

Regroupant à elles seules à elles près de la moitié du total des emplois, elles sont censées être les « locomotives » des territoires. Cependant, une note de France Stratégie (institution dépendant du Premier Ministre) datant de février 2017, indique que « sur la période 2006-2013, les créations d’emploi se concentrent sur les aires urbaines de plus de 500 000 habitants. (…) Globalement, les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées en dehors de l’influence des pôles urbains subissent quant à elles des pertes sur la même période. Ce mouvement est inédit si on considère les évolutions depuis 1968. Globalement, jusqu’en 1999, la croissance de l’emploi s’est diffusée sur l’ensemble du pays. (…) Les choses changent depuis 1999. Les territoires se différencient de plus en plus : entre 2006 et 2013, les écarts prennent de l’ampleur avec le décrochage des aires urbaines de moins de 200 000 habitants. »

La métropolisation implique la concentration des créations de richesses et d’emplois dans quelques grandes agglomérations, au détriment des villes petites et moyennes. On retrouve le scénario du « match » Béziers / Montpellier… Les métropoles concentrent les métiers à « fort potentiel », notamment les cadres et les professions intellectuelles, mais aussi les métiers de services aux personnes. En revanche, les métiers « fragiles » sont plus souvent hors des grandes aires urbaines, comme les employés, les ouvriers industriels, les caissiers…

Bref, les métropoles « éjectent » la plupart des classes moyennes et populaires, accueillant principalement en leur sein les classes supérieures et les métiers de services. Les seconds constituent une forme de domesticité moderne dont ont besoin les premières pour faciliter leur vie quotidienne. Derrière le mythe de la « ville ouverte », de l’interconnexion se dessine un modèle de société où la séparation entre les gagnants et les perdants de l’économie se fait durement sentir. Laurent Villaret, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers d’Occitanie, s’inquiétait récemment que « le prix du logement à Montpellier est en moyenne de 4160 euros le m² hors parking ». Selon lui, « nous observons que la politique gouvernementale du logement s’oriente vers la concentration de l’offre dans les métropoles. (…) Il ne faudrait pas que le marché de la métropole montpelliéraine se bloque ».

Les intercommunalités XXL

Face au développement des métropoles, quel est le modèle d’organisation proposé aux territoires péri-urbains et ruraux ? Ce sont les intercommunalités « XXL » qui regroupent plusieurs dizaines, voire une centaine de communes. Décidés par les Préfets, avec souvent l’aval des potentats locaux qui y voient le moyen d’assurer leur domination sur des territoires plus vastes, dans le cadre des Schémas Départementaux de Coopération Intercommunale, ces regroupements sont censés permettre des « économies d’échelles » par la mutualisation des moyens. Mais au final, les citoyens ne s’y retrouvent plus et ne comprennent plus « qui fait quoi » sur leur territoire.

Confrontés aux transferts de compétences imposés à marche forcée par l’Etat (eau et assainissement, urbanisme, tourisme, zones d’activités économiques…), les Maires eux aussi sont désemparés face à ces mutations. Ainsi dans le journal « Midi Libre » du 9 mai 2017, la Maire de Roquebrun (535 habitants) se dit « inquiète de l’intercommunalité tentaculaire ». Elle donne sa vision sur « cette immense machine qui va nous manger ». Sa commune s’inscrit désormais dans une intercommunalité de 36 communes regroupant environ 15 000 habitants, issue de la fusion de trois intercommunalités. Sur ce vaste ensemble, il faut par exemple plus d’une heure de route sinueuse pour rejoindre Olargues depuis Olonzac, situées aux extrémités de ce nouveau territoire. C’est à peu près le temps qu’il faut pour rejoindre Montpellier depuis Béziers… Comment envisager des mutualisations efficaces sur des territoires aussi peu denses ? Les enfants d’Olargues iront-ils dans un centre aéré situé à Olonzac ? Dans des entités aux compétences élargies et complexifiées, le risque est grand également de voir les élus dépossédés de leur pouvoir décisionnaire au profit des techniciens, ce qui mettrait en danger la démocratie de proximité. Si les seules responsabilités qui incombent désormais aux élus municipaux sont la gestion des « crottes de chiens » et « le 11 novembre », comment trouver des bonnes volontés pour assurer le travail quotidien de lien social et de prise en compte des attentes des populations ?

Les femmes et les hommes qui vivent dans ces territoires refusent d’être des citoyens de seconde zone. Ils souhaitent avoir des emplois de qualité, durables, au cœur de leur territoire. Ils réclament des services publics accessibles, à l’échelle de leurs besoins. Ils veulent des logements adaptés à tous les âges, à leur mode de vie et à des prix acceptables. Ils demandent des commerces de proximité, leur proposant des produits locaux  en circuit court. Ils ont besoin de transports en commun qui correspondent à leurs usages… Quel sera leur devenir s’il est organisé pour eux par des décideurs déconnectés du terrain ?

Antoine Stark

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