Béziers Angels : Les championnes de retour sur le parquet

INTERVIEW
Didier Huc Directeur sportif des Béziers Angels

En mai dernier, les Béziers Angels  sont devenues championnes de France. Au terme d’une finale épique, gagnée en cinq sets  contre l’ogre Cannois, les Biterroises ont ramenées dans la cité de Paul Riquet, le premier titre de leur histoire. Cela faisait 34 ans, depuis le dernier titre de l’ASBH en 1984, que Béziers n’avait plus obtenu de titre au plus haut niveau national quelle que soit la discipline. L’agora a rencontré Didier Huc, le directeur sportif, pour faire avec un tour d’horizon avant le début du championnat.

L’Agora du Biterrois : Gagner contre l’immense club de Cannes en finale, cela doit avoir une saveur particulière ? Peut-on parler d’une surprise ?

Didier Huc : Cannes a dominé le volley féminin pendant plus de 20 ans en s’octroyant 19 titres de champion de France, cela ne laisse pas grand-chose aux autres. Mais je ne crois pas que l’on puisse qualifier de surprise notre victoire. Cela fait maintenant six ans que sommes dans le top 4 du championnat. Nous avons même atteint la finale du championnat en 2013. Cette année sur le « six de rêve », c’est-à-dire le classement des six meilleures joueuses du championnat de Pro A selon leur poste, trois faisaient partie de notre effectif. Nous avions la meilleure « pointue » (attaquante) du championnat avec l’Américaine Krystal Rivers, une joueuse extraordinaire. Avec Eva Mori, la meilleure passeuse, et avec Juliette Fidon, capitaine de l’équipe et de l’équipe de France, nous possédions un trio détonnant. Et jamais une équipe hormis le grand Cannes n’avait placé 3 de ses joueuses dans le 6 majeur.

Vous avez perdu deux de vos trois meilleures joueuses ainsi que votre entraineur. Des problèmes de budget ?

Le salaire de Krystal a dû être revu bien à la hausse à Stuttgart. Difficile de suivre. Mais de toute façon, vu son profil, je savais très tôt qu’elle ne resterait qu’une saison avec nous. Idem pour Eva Mori qui a muté chez Volero Le Cannet, le club au plus gros budget de France. Mais notre objectif principal était surtout de conserver notre capitaine Juliette Fidon dans l’effectif, ainsi qu’un noyau important de l’équipe. Nous avons réussi cela et choisi, à partir de là, de former une équipe complémentaire et homogène, le recrutement a été mené dans ce sens. Nous avons réussi à faire signer deux filles que je suivais depuis un à deux ans. L’argentino-américaine Nicole Edelman, et la portoricaine Pilar Victoria, qui sont des joueuses de très grande qualité. Je crois aussi énormément au potentiel de la jeune internationale finlandaise, Daniella Ohman. Mais je pourrais citer également chacune des 4 autres recrues qui vont faire que l’équipe sera je pense compétitive. Je suis persuadé que nous avons encore cette saison une très belle équipe avec des filles qui se complètent bien et qui vivent bien ensembles, un vrai collectif de 12 joueuses. C’est vrai que le contrat de Cyril Ong n’a pas été renouvelé après sept ans passé au club et qu’il est donc allé entrainer Nantes. Les questions budgétaires ne sont pas là aussi étrangères à son départ. Avec  950 000 euros, nous sommes  seulement le sixième ou septième budget du championnat, il faudrait au moins 150 000 euros de plus ce qui nous mettrait au niveau du budget des 4 ou 5ème équipe, pour avancer un peu plus sereinement.

Dans ces conditions, quelles sont les recettes du succès ?

Tout d’abord, nous pouvons nous appuyer sur un bon  Centre de Formation, comme en témoigne les trois coupes de France junior gagnées lors des quatre dernières éditions. Chaque année nous avons trois ou quatre filles issues du centre de formation dans le collectif de la Ligue A. L’équipe  réserve, qui comprend des joueuses issues du CFC et quelques jeunes autres joueuses du club encore juniors, a remporté le titre de Nationale 2 il y a deux ans. On fait également, ce que l’on appelle des « coups » dans le recrutement. On fait confiance en de jeunes joueuses à fort potentiel encore peu connues dans les championnats majeurs européens. Ce qui nous oblige à suivre beaucoup de championnats de près ou de loin, dont celui universitaire des Etats-Unis pour dénicher de jeunes talents et donc passer des heures et des heures derrière des vidéos. Heureusement je ne dors pas beaucoup.

Au niveau infrastructure, la salle du Four à Chaux n’est-elle pas désuète ?

Le plus gros avantage du Four à Chaux est que le public est  très proche des joueuses, ça peut déstabiliser certaines équipes visiteuses. J’en profite pour dire que nous avons un très bon public, poussé depuis toujours par notre club de supporters et depuis 2 ans en plus par la Banda Mescladis. Sinon lors des matchs importants  avec de grosses affluences il est très difficile de garer sa voiture mais aussi de trouver une place dans la salle. Il nous est impossible également d’être télévisé ou tout simplement de mettre à disposition des loges et espaces de rencontre pour nos principaux partenaires, dont certains nous soutiennent depuis de longues années comme Angelotti, Buesa-Estève ou Nissan ainsi que tous les autres que je pourrai citer. Malgré l’installation de nouvelles tribunes par la mairie de Béziers qui nous apporte tout son soutien, nous devons également jouer nos matchs de Coupe d’Europe à Agde. La construction d’un palais des sports prévu normalement pour la saison 2020-2021 est pour cela une bonne chose pour le développement du club et de nos ressources. Souhaitons seulement que la règlementation européenne n’évolue pas encore en exigeant une capacité minimale passée depuis 2 ans de 1500 à 2000 places, ce qui nous obligerait à devoir demander encore des dérogations pour pouvoir jouer à domicile.

Confiant pour cette nouvelle saison ?

Nous avons décidé avec le Président Bernard Fages et le Bureau Directeur de confier les rênes de l’équipe pro à Fabien Simondet qui était depuis 3 ans l’entraineur du CFC et qui a été adjoint en Pro pendant plus de 6 ans et en qui nous avons pleinement confiance. Il est aidé dans sa tâche par Romuald Bainvel  qui est au club depuis environ 15 ans et était déjà  entraineur adjoint l’année dernière. Il y a autour d’eux des jeunes entraineurs du club comme Charly Rispail qui participe sportivement et administrativement mais aussi Fayssal Baraka comme statisticien. Fred Garros, le préparateur physique, au club depuis plus de 6 ans continue son très bon travail et complète le staff sportif. Fabien a aussi su monter autour de l’équipe un staff médical de qualité et disponible qui va rapidement devenir une référence dans le championnat de France de Ligue A. Tout cela donne un staff intéressant, composé de personnes du cru et compétentes. L’équipe est de qualité mais c’est aussi une équipe jeune qui a bien sûr une bonne marge de progression et qui travaille bien. Il faudra bien sûr confirmer  sur le parquet  tout le potentiel que nous avons sur le papier, mais cette saison s’ouvre pour le moment sous les meilleurs auspices, et je suis impatient de voir comment nous allons nous situer dans ce championnat où 7 ou 8 équipes visent le top 4.

Propos recueillis par Laurent Gomez

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