Un peu d’histoire : Ambroise Croizat, le père oublié de la Sécu…

Lorsqu’on parle de la naissance de l’assurance maladie, on évoque aussitôt le général de Gaulle, et Pierre Laroque, haut fonctionnaire qui mit en forme l’architecture de notre système de couverture maladie. Ce faisant, on oublie un artisan infatigable de la création de cette institution qui fait partie de notre patrimoine collectif : Ambroise Croizat.

Né en 1901, il travaille en usine dès l’âge de 13 ans lorsque son père est appelé sous les drapeaux en 1914. Apprenti métallurgiste, il suit en même temps des cours du soir et devient ouvrier ajusteur-outilleur dans la région lyonnaise. Il est sur tous les fronts dès 18 ans. Alors que la France traverse une terrible crise économique, que les ouvriers ne sont pas protégés contre les accidents du travail et que le système de santé est pauvre, il multiplie les actions dans plusieurs grandes villes de France et entre au Parti communiste français (PCF) dès sa création en 1920.

Ambroise Croizat est élu député communiste de Paris en 1936 pendant le Front populaire, avant d’être incarcéré et envoyé pendant deux ans au bagne d’Alger au début de la guerre. A sa libération,  il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger et devient ministre du Travail sous le général de Gaulle en 1945. Puis ministre du Travail et de la Sécurité sociale jusqu’en 1947.

En deux ans, il abat un travail de titan en s’appuyant sur un réseau de bénévoles et de militants qui travaillaient sans compter dans des locaux de fortune mis à disposition par les communes. A son actif : création de l’assurance maladie, la médecine du travail, les comités d’entreprises, le système de retraite, les allocations familiales, le statut des mineurs et la réglementation des heures supplémentaires… Mais pour cela, il a fallu instaurer un rapport de force avec le patronat de l’époque qui y voyait (déjà!) une entrave à la compétitivité des entreprises !

«Vivre sans l’angoisse du lendemain, de la maladie ou de l’accident de travail, en cotisant selon ses moyens et en recevant selon ses besoins.» Tels étaient les principes qui allaient forger la Sécu.

Epuisé, il meurt d’un cancer du poumon à 50 ans, 11 février 1951. Le Parti communiste lui fait de grandioses funérailles : un million de personnes endeuillées l’accompagnent au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé. Dans un documentaire de novembre 2016 intitulé « La sociale », le réalisateur Gilles Perret lui rendra hommage.

Ses derniers mots à l’Assemblée résonnent encore : « Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès ».

Antoine Stark

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