Raoul Barrière, « le sorcier de Sauclières »

Le qualificatif de « grand nom » du sport biterrois ne sied pas tant que cela à Raoul Barrière, celui de légende convient mieux à l’homme. Comment résumer en quelques lignes ce que représente « le sorcier de Sauclières » pour des générations de Biterrois ? Monsieur Raoul c’est d’abord une gueule à jouer les seconds rôles dans les films d’Audiard.  Une tronche qui incarne la virilité d’une époque révolue, celle du cinéma de Lino Ventura, une époque où les hommes ne se passaient pas encore de la crème antirides et ne s’épilaient pas le torse.

On pourrait tout simplement commencer par énoncer son palmarès exceptionnel (voir fin article), mais il ne reflèterait  que partiellement son importance dans l’évolution du rugby. Raoul Barrière a tout simplement  révolutionné le jeu d’avants. C’est lors de la tournée de l’équipe de France en 1958 en Afrique du Sud que Raoul Barrière aurait été impressionné par le jeu puissant des avants  springboks même si l’emblématique entraineur reconnait d’autres influences : « J’ai toujours été impressionné par l’équipe de Lourdes, pour moi c’était la référence française du rugby. Leur jeu était le fruit d’un travail réfléchi, intelligent où tout était pensé. Ils mettaient beaucoup de rigueur dans l’exécution. »

Rigueur, le mot est lâché. Cette vertu  l’accompagnera toute sa vie d’éducateur que ce soit dans son métier de professeur de sport ou sur les terrains de rugby. C’est toujours elle qu’il insufflera à ses élèves  de lycée  parmi lesquels  on retrouve déjà  les  Martin, Saïsset  ou Hortolan. C’est encore avec cette rigueur qu’il va forger patiemment à partir du noyau de jeunes joueurs  qu’il  mène au titre de champion de France junior en 1968, l’équipe de légende qui va dominer le rugby hexagonal pendant plus d’une décennie.  De 1971 à 1979 date de son départ, l’ASB va remporter six titres de champions de France. Sur cette période de règne sans partage du pack d’avants biterrois, Raoul Barrière retient  surtout sur la finale de 1977 face à l’USAP : « cette finale a toujours été particulière pour moi. Je suis d’origine catalane et ma famille soutenait l’USAP. Nous avons fait surtout  une démonstration de maîtrise collective. Je crois qu’on était au sommet de notre art ».

A la Fédération Française de Rugby, on s’agace de cette outrancière domination. Il est vrai que Raoul Barrière n’a jamais été en odeur de sainteté. Ses méthodes d’entrainement, la priorité donnée à la conquête du ballon, sa vision du jeu d’avant, dérange une Fédération tenue par l’Agenais Albert Ferrasse, « j’ai souvent été interdit  de réunions. J’ai dû travailler en comité restreint avec d’autres  entraineurs sur l’évolution des entrainements ». Pour le « sorcier de Sauclières »  les hauts dirigeants  ont  fait payer cher à Béziers cette volonté de ne pas adhérer à leurs principes : « beaucoup de joueur aurait pu prétendre à de plus belles carrières internationales même si pour la majorité d’entre eux l’essentiel était de défendre les couleurs bleu et rouge. Je pense notamment à Henri Cabrol. L’arbitrage souvent défavorable, était aussi  le révélateur de l’état d’esprit qui régnait alors à la fédération. L’arbitre Michel Messan nous a volé la finale de 1976 contre le S.U.Agen. »

Quand on aborde l’évolution du rugby moderne, les yeux du vieux « sorcier de Sauclières » se font plus vif encore « les phases de conquêtes sont trop formelles. Le poste de talonneur que j’occupais à mes débuts s’apparentait  en mêlée à celui d’un acrobate. Les ballons ne sont plus autant disputés. En touche, on est désormais quasiment assuré de récupérer sa remise en jeux. Les phases de conquêtes organisées ou pas doivent assurer une bonne fixation au niveau des avants afin de permettre au jeu déployé de s’épanouir. » Mais la vrai évolution  entre le rugby moderne et celui des années 70 repose surtout sur les performances physiques  « A mon époque, il y avait bien sûr des joueurs très rapides ou puissants  mais aujourd’hui on a vraiment à faire à des athlètes. Les gabarits et les performances athlétiques sont incroyables».

Presque à lui seul, Raoul Barrière incarne surtout cette période sacrée de ces trente glorieuses finissantes.  Le temps d’un week-end  du mois de mai, Béziers devenait le centre du Monde au moins rugbitisque. Les allées Paul Riquet prenaient des allures de Champs-Elysées. Toute la ville n’était que bleu et rouge. Du centre-ville jusqu’au plus petit village de l’arrondissement, la semaine précédant  la finale avait été consacrée à la confection de drapeaux, de klaxons. Rien n’était laissé au hasard dans la décoration des vitrines et des voitures. Au coup de sifflet final tout  le peuple des faubourgs et des campagnes convergeaient klaxons hurlants vers les Allées. Alors pouvait vraiment commencer une véritable communion populaire autour de la fierté d’être Biterrois. Le lendemain, le peuple biterrois accordait un triomphe quasi-romain à ses valeureux fils venus lui présenter un nouveau bouclier de Brennus. Dans toutes ces victoires, Raoul Barrière tenait bien évidemment le rôle du planificateur, du tacticien. Il était tout simplement le « sorcier de Sauclières», celui sans qui rien de tout cela n’eût été possible.

Laurent Gomez

Palmarès de joueur
  • Champion de France 1961
Palmarès d’entraîneur

Vainqueur du Championnat de France de rugby à XV :

  • Championnat de France de rugby à XV 1970-1971
  • Championnat de France de rugby à XV 1971-1972
  • Championnat de France de rugby à XV 1973-1974
  • Championnat de France de rugby à XV 1974-1975
  • Championnat de France de rugby à XV 1976-1977
  • Championnat de France de rugby à XV 1977-1978

Vainqueur du Challenge Yves du Manoir :

  • 1972, 1975, 1977 et 1984

Vainqueur du Coupe de France de rugby à XV :

  • 1985

Vainqueur du Challenge Jules Cadenat :

  • 1969, 1970, 1971, 1973, 1974, 1975, 1977 et 1978

Vainqueur du Bouclier d’automne :

  • 1970, 1971, 1974, 1976, 1977 et 1984

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