Les écoles à Béziers : une priorité ?

Le mardi 29 mai 2018, un faux-plafond d’une salle de classe de l’école primaire Pellisson s’est effondré en plein cours, alors qu’une vingtaine d’élèves étaient présents. Hormis un enfant victime d’un traumatisme crânien et une autre d’une fracture du bras, aucun blessé grave n’a été à déplorer. Ce fut un véritable soulagement. C’est même « miraculeux », selon Robert Ménard, maire de Béziers !

Outre le traumatisme pour les enfants, l’émoi pour les parents (une plainte a été déposée par les parents d’une fillette) et les enseignants, cet évènement conduit à s’interroger sur l’état des écoles à Béziers.

Dans un état épouvantable…

Selon la municipalité, « les diagnostics réalisés par des bureaux d’études techniques indépendants n’ont pas permis de déterminer avec certitude les causes de l’effondrement. Ces rapports ne mettent pas en cause la responsabilité de la Ville quant à l’entretien de ces locaux. »

Pour autant, s’agissant de l’école Pellisson, le rapport du Délégué Départemental de l’Education National (DDEN), datant de septembre 2017 rappelait « la nécessité de rénover l’ensemble des classes de l’établissement ». « Il y avait beaucoup de travaux de réfection à faire », ajoutait-il.

Selon Claude Lassalvy, président de la délégation des DDEN de Béziers, la situation est problématique dans plusieurs écoles : «on a, sur l’école Gaveau-Macé, sur celle de Sévigné, des problèmes de locaux signalés de façon chronique. Je ne parle pas de l’école des Oliviers qui est en décrépitude totale. On a plusieurs situations très compliquées sur Béziers et, d’une façon générale, les travaux d’entretien sont très limités. »

 Ce diagnostic alarmant est partagé par…l’adjointe au Maire en charge de l’éducation, Alberte Frey qui affirmait (Midi Libre du 3 juin 2018) que « les écoles sont dans un état épouvantable ». Rien que ça ! Elle renchérissait sur les problèmes de vétusté qui touchent, selon elle « quasiment toutes les écoles à l’exception de Malbosc et Mandela. (…) Aussi bien au niveau des bâtiments qu’au niveau de l’aspect général.»

30 000 € par an et par bâtiment scolaire…

A l’école Pellisson des travaux ont été engagés en urgence pour rénover les faux-plafonds potentiellement dangereux. A la rentrée, trois classes sur cinq étaient ainsi sécurisées et utilisables. D’autres écoles ont fait l’objet de travaux : 300 000 € au total pour les Amandiers, les Romarins et la Chevalière.

Au niveau budgétaire, les élus avaient voté au début du mandat une enveloppe d’investissement (Autorisation de programme « Ecoles ») de 4 585 250 € pour la période 2015-2020, dont 1 791 516 € ont été engagés entre 2015 et 2017 (source : compte administratif 2017, page 230). Soit moins de la moitié (40%) de l’enveloppe prévue.

A titre de comparaison, l’autorisation de programme « Embellissement du Centre-Ville » s’élève à 26 millions d’€, dont 14 millions d’ € ont été engagés entre 2015 et 2017  (source : compte administratif 2017, page 230). La Ville de Béziers a donc dépensé près de 8 fois plus pour le centre-ville que pour ses écoles.

Si l’on ne peut pas nier que l’embellissement (réussi) du centre-ville est un incontestable atout, les écoles sont, elles aussi, un élément important de l’attractivité globale. Si l’on veut attirer une population diplômée, il est nécessaire que leurs enfants puissent étudier dans de bonnes conditions. Si l’on veut permettre à tous de s’élever dans la société, il est nécessaire que tous les enfants, y compris des familles les plus fragiles, bénéficient d’un cadre accueillant pour leur scolarité.

Prenant conscience de la nécessité de faire plus pour les écoles, les élus ont voté le 28 juin 2018 une « rallonge » de 3 millions d’€ à l’Autorisation de programme « Ecoles ». Sur la période 2015-2020, si tous les crédits sont consommés, la Ville de Béziers aura donc investi 7 585 250 € dans ses 43 bâtiments scolaires. Soit en moyenne 30 000 € par an et par bâtiment …

Compte tenu de l’état « épouvantable » du patrimoine scolaire de la ville, cela sera-t-il suffisant pour assurer, si ce n’est l’épanouissement et l’avenir, au moins la sécurité des petits biterrois ? La question mérite d’être posée.

Antoine Stark

FOCUS : LES ÉCOLES DE BEZIERS

Il y a, à Béziers, 43 bâtiments scolaires. 16 d’entre eux, construits avant 1950 sont susceptibles de comporter un plafond du type de celui qui s’est effondré.

Ecoles élémentaires publiques : Auguste Comte; Barbeyrac; Casimir Peret; Cordier; Édouard Herriot; Gaveau-Mace; George Sand; Jean Jaurès; la Chevalière; Les Amandiers; Les Arbousiers; Les Oliviers; Les Romarins; Les Tamaris; Mairan; Pasteur; Riquet-Renan; Roland; Sévigné ; Suchon

Ecoles maternelles publiques : Carnot; Carpantier; Cordier; Édouard Herriot; Jean Jaurès; Jules Ferry; la Chevalière; Les Amandiers; Les Arbousiers; Les Oiseaux; Les Oliviers; Les Romarins; Les Tamaris; Les Vendanges; Marie Curie; Michelet; Pasteur; Paul Balmigère; Pellisson ; Riquet-Renan; Suchon

INTERVIEW
Matthieu Verdier : « il ne faut jamais baisser les bras

En cette période de rentrée scolaire, nous sommes allés à la rencontre de Mathieu Verdier, directeur de l’école élémentaire « Les Oiseaux »

L’Agora du Biterrois : Vous êtes le Secrétaire départemental du SNE (Syndicat National des Ecoles), pouvez-vous en quelques mots, nous présenter l’action de votre syndicat ?

Matthieu Verdier : Il s’agit avant tout d’un syndicat apolitique qui ne s’occupe que des écoles du premier degré. Notre action se base sur un constat d’échec. Les politiques éducatives menées depuis 30 ans nous ont conduits dans le mur. C’est pour ces raisons que nous militons pour une école authentiquement républicaine, une école primaire rénovée où l’accent serait mis sur l’apprentissage des fondamentaux, le français et les mathématiques notamment.

Cette rentrée s’est-elle bien déroulée ?

Dans notre école, elle s’est effectuée dans de bonnes conditions mis à part de fausses informations colportées par les réseaux sociaux concernant des cours d’éducation sexuelle qui seraient soit disant mis en place à la rentrée. Certains parents étaient anxieux, il a fallu les rassurer en leur expliquant que ce n’était pas le cas. Au niveau national, notre syndicat ne se satisfait pas des nombreuses fermetures d’écoles en milieu rural, on pourrait aussi parler de la disparition des aides à la direction, de la quasi absence de la médecine du travail ou du salaire des enseignants toujours en berne. Vous voyez, la liste est longue.

L’année dernière, l’effondrement d’un plafond à l’école Pellisson, a donné lieu à une véritable polémique au sujet de l’état des écoles de Béziers. Que pensez-vous de l’action municipale dans ce domaine ?

Je travaille en bonne intelligence avec le maire quel qu’il soit, je ne fais pas de politique. Au niveau des travaux, les demandes que nous formulons sont prises en compte. Mais il est vrai que certaines écoles surtout dans le centre-ville, du fait de l’ancienneté des bâtiments, nécessitent des travaux très importants. Je crois que nous payons les retards accumulés depuis plus de 20 ans.

Cette année les écoles de la ville sont revenues à la semaine de quatre jours, êtes-vous satisfait ?

C’était l’une des revendications de notre syndicat. Les conseils d’école qui sont composés du personnel des écoles et des représentants des parents d’élèves ont voté très largement pour le retour à la semaine de quatre jours, ce qui nous a permis d’obtenir l’accord de l’Inspection d’Académie. Dans l’Hérault il n’y a que 17 communes qui sont restées sur l’ancienne organisation du temps de travail. Nous sommes très satisfaits de ce changement, on constate un taux d’absentéisme moins élevé. La semaine de 4 jours permet aux parents de profiter de leurs enfants pendant deux jours pleins. C’est aussi la possibilité de faire deux grasses matinées pour les enfants et donc de récupérer davantage.

Que pensez-vous du doublement des classes de CP mise en place par le ministre de l’éducation ?

C’est une très bonne mesure, même si elle ne s’applique pas à tous les établissements. Il faut que l’école fasse partie du réseau d’éducation prioritaire (REP), or ce classement est lié à celui des collèges dont elle dépend. Si un collège n’est pas classé en REP, les écoles primaires du même secteur ne le seront pas également. C’est un vrai problème car certaines écoles que nous appelons « les écoles orphelines » connaissent de vraies difficultés et ne peuvent pourtant pas prétendre à ce dispositif. Je pense notamment aux écoles Roland, Edouard Herriot, Sévigné et Pintat les Oiseaux. Cette année la carte des zones d’éducation prioritaire doit être révisée, nous allons mener avec le syndicat des actions pour alerter le ministère afin de le mettre devant ses responsabilités. Pour améliorer le collège la première chose à faire est d’améliorer l’école primaire.

L’école « Les Oiseaux » est-elle confrontée à des problèmes particuliers ?

Le quartier de Pintat n’est pas réputé pour être l’un des plus calmes de la ville. Nous rencontrons quelques problèmes d’incivilité. Nous avons eu à déplorer deux intrusions de nuit l’année dernière avec quelques dégâts matériels. Depuis la Mairie a équipé l’école d’un portail sécurisé muni d’un visiophone. Nous mettons également l’accent sur l’éducation civique. Dans notre école 70 % des élèves sont d’origine gitane, il y a surtout de gros problèmes d’absentéisme. Nous menons un travail de longue haleine pour gagner la confiance des parents. Les choses évoluent dans le bon sens même si c’est lentement. Il ne faut jamais baisser les bras.

Propos recueillis par Laurent Gomez

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