Herault underground : Mata Hari, new gang in town

Depuis 2 ans, un nouveau groupe de rock sévit dans la région. Il s’appelle Mata Hari et vient d’enregistrer dans une entreprise désaffectée de Béziers son premier EP « Building Site ». Le quatuor est composé de Jonathan Gisbert (guitare/chant), Paul Gauloise (basse, synthé & chant), Jacques Pernet (batterie, membre de Fabulous Sheep) et Téo Blanc, biterrois, que nous avons rencontré (guitare/chant).

Mata Hari touche le public qui se trouve face à eux en concert. Un rock post punk authentique aux accents cold wave (on pense à Joy Division notamment), sans poses, avec le cœur et les tripes. Les caves montpelliéraines le savent déjà, et ce premier EP devrait les aider à s’affirmer comme un des groupes émergeants les plus accrocheurs de la scène française.

L’Agora du Biterrois : Quels sont tes premiers souvenirs liés à la musique, et tes premières amours ?

Téo Blanc : Mes parents ont toujours écouté beaucoup de musique. Dans sa jeunesse, mon père a été guitariste de « the Blacks and the Whites », un obscur groupe congolais avec lequel il faisait des concerts clandestins. A la maison j’entendais Gainsbourg, Souchon… Ma mère était fan de Bob Dylan, et mon père des Stones. Vers 12 ans, j’adorais « Brown Sugar » notamment.

« Scène Bitteroise »

Mata Hari n’est pas ton premier groupe. Il y a une dizaine d’année, à Béziers, de jeunes groupes font leurs armes dans les bars du centre-ville. Il y avait une vraie « scène bitteroise »…

Tout à fait. Il y avait une vraie émulation, une dizaine de groupes, des concerts tous les mois, au Korrigan, Café des Arts, Capharnarhum, Nashville. Il y avait des festivals indépendants, à la Colonie Espagnole, à Sortie Ouest. C’est en allant voir un de ces concerts que j’ai voulu monter un groupe. C’était en 2010, j’étais en 4ème. Des amis m’ont montré quelques accords, puis je me suis acheté une guitare électrique et un ampli pour 100€. J’avais une seule chanson mais déjà le nom du projet : « Passing Birds », inspiré par « Les Oiseaux de Passage » (poème de Richepin adapté par Brassens, ndlr). J’avais surtout un pote qui était le batteur des « Dazzlings » : Paul Maumy. Il connaissait un guitariste qui revenait du Costa Rica à ce moment : Ronan Vieule. On a trouvé un bassiste, et à la fin de notre première répète on avait notre premier titre. « Passing Birds » était né.

C’est donc avec Passing Birds que tu montes sur scène pour la première fois ?

Oui. C’était à la Colonie Espagnole pour le festival Fabrique, devant près de 300 personnes. L’attente avant le concert m’a paru interminable. J’étais évidemment très stressé, d’autant plus que Ronan a découvert sa guitare cassée en deux en ouvrant sa housse. Il a fallu récupérer une guitare dans l’urgence. Trois morceaux plus tard c’était fini. L’expérience m’avait fasciné et terrorisé à la fois. Tu te montres à nu sur scène. Tu exposes ta personnalité, et un travail qui tient à coeur. Le fait d’être un groupe apporte de la confiance, et en progressant on gagne en assurance. On échoue ou on réussit ensemble, ça unit. Les premiers encouragements te rassurent et te touchent aussi, cela donne envie de continuer. Après ça, on a fait une trentaine de concerts à Béziers et aux alentours.

« Toucher les gens »

Comme beaucoup de groupes de lycéens, le projet s’arrête quand vous vous éparpillez pour les études. À ce moment, tu penses arrêter la musique ?

Non. J’avais en tête de retrouver des gens avec qui jouer. J’ai un peu étudié le cinéma à Montpellier, puis j’ai eu l’occasion de travailler dans un hôtel aux Canaries. Au bout d’un moment, j’étais devenu un robot qui faisait ce qu’on lui demandait… Et surtout sans réfléchir. En ne pensant plus qu’aux clients, je me perdais moi-même. Après cinq mois ils m’ont proposé un autre contrat. J’ai refusé et suis rentré à Montpellier où des amis avaient créé un groupe, un trio. Je suis passé avec ma guitare à une de leur répèt’ au Subsonic. Je me suis introduit, et ça l’a fait. J’étais très motivé. J’ai passé par la suite, une semaine dans les 16 m2 de Paul, le bassiste, pour apprendre les morceaux qu’ils avaient déjà. On a également composé un nouveau titre. Moins d’un mois plus tard, on était sur la scène du Rockstore pour l’anniversaire du Subsonic. C’était génial.

Mata Hari vient d’enregistrer son premier EP (5 titres), comment est-ce que cela s’est passé, qu’est-ce que ça représente ?

Les membres du groupe Mata Hari

C’est tout un symbole ! Pour moi c’était même une obsession… L’objet, la jaquette qui dévoile l’univers personnel de l’artiste. C’est graver sa musique pour l’éternité en quelque sorte. On a enregistré avec un pote de Fabulous Sheep, Gabriel Ducellier, avec du matériel live. Cela correspond bien à notre musique. On a fait ça en dix jours dans une ancienne entreprise de travaux agricole de Béziers, C’était la bonne ambiance.

Nous sommes contents du résultat et on se rend compte du travail que représente un album. Ça remet les pieds sur terre. On pensait avoir pas mal d’acquis, mais c’est un peu comme si tu vivais ta « première fois ». On a compris les efforts qu’il fallait fournir pour arriver à un disque enregistré parfaitement. Cela donne envie de progresser.

Le disque sera bientôt pressé et disponible à nos concerts ! C’est quand même un bel accomplissement.

D’où vient la rage de vos chansons, ce côté punk ?

Cela vient du message de nos chansons et de nos influences. C’est notamment grâce au mythique groupe anglais The Clash que j’ai appris à composer et écrire. Leur énergie, leur attitude, leurs textes, j’avais envie d’exprimer ma propre rage. On écrit des « chansons-vérité », sur nos vies, ce que l’on voit, ce que l’on ressent, ce qui nous révolte. On essaie toujours de transmettre un message. Notre morceau « Factory » par exemple, dans lequel nous comparons Béziers à une usine. C’est difficile de sortir de son quotidien. Pourtant c’est nécessaire pour ne pas devenir complètement aliéné. C’est grâce à cette sincérité que tu arrives à toucher les gens.

Piero Berini

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