INTERVIEW

Échange avec Alain Caralp, Maire de Colombiers et Président de la communauté de communes La Domitienne, sur le dossier « EDF Énergies Nouvelles » (voir aussi page 10) mais aussi plus largement sur les perspectives du territoire.

L’Agora du Biterrois : Je suppose que l’abandon du projet de délocalisation du site d’EDF énergies nouvelles vers Montpellier a été un grand soulagement pour le maire de Colombiers que vous êtes ?

Alain Caralp : En septembre 2017, j’ai appris qu’EDF énergies nouvelles voulait se réorganiser et envisageait d’abandonner le site de Colombiers pour regrouper toutes leurs activités sur Montpellier. Au printemps j’ai rencontré sur le site le président d’EDF énergies nouvelles qui m’a confirmé que la direction avait accompagné une réflexion allant dans le sens d’un transfert vers Montpellier.

On a assisté à une mobilisation massive des élus, quel a été le rôle de l’Agglo « Béziers-Méditerranée » dans ce dénouement heureux ?

C’est vrai que tous les élus toutes tendances confondues ont fait front commun pour contrecarrer les intentions de départ d’EDF énergies nouvelles. L’Agglomération Béziers-Méditérranée  avait même proposé un projet alternatif d’implantation du site sur la zone de la Méridienne. Projet que le Maire de Colombiers que je suis, ne pouvait pas soutenir. De plus  il n’apportait aucune solution nouvelle, le problème n’étant pas d’ordre foncier. Nous n’avons  vraiment été soulagés que le 30 août dernier avec l’annonce faite par Monsieur Bruno Bensasson, le nouveau PDG de cette branche d’EDF lors de la réunion organisée par le Président Frédéric Lacas avec tous les élus locaux.

L’activité sur le site est donc pérennisée ?

L’activité devrait même se développer puisque le président D’EDF énergies nouvelles prévoit de doubler les effectifs d’ici 2025 pour atteindre 600 salariés à l’orée de 2030. Mais je me souviens que lors de son discours le président avait insisté longuement sur l’importance pour son entreprise de répondre à des appels d’offre et de décrocher des contrats. L’Agglomération Béziers-Méditerranée  a signé un contrat exclusif avec la société « Quadran » qui depuis son rachat par Direct Energie fait partie du groupe Total, le principal concurrent d’EDF sur le secteur des énergies nouvelles. Il sera peut-être difficile dans l’avenir de demander à EDF le maintien de l’emploi sur notre territoire sans lui accorder des chantiers.

L’autre sujet brûlant pour le président de  communauté de communes que vous êtes, est la mise en place de la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République). Quels sont les changements qu’implique cette loi pour la  communauté de communes « La Domitienne » ?

Comme souvent l’Etat gère la pénurie. En transférant certaines compétences aux intercommunalités, il espère faire des économies d’échelle en mutualisant les moyens. Beaucoup de communes connaissent des difficultés financières avec la baisse des dotations de fonctionnement (DGF) versées par L’Etat. Pour aider les communes à se financer, la communauté de communes  a mis place une aide de dix millions d’euros qui sera répartie au prorata du nombre d’habitants. Six millions étant financé par l’emprunt, le reste étant de l’autofinancement.

La loi NOTRe impose aux plus petites intercommunalités de fusionner, vous vous sentez menacé ?

La loi oblige les intercommunalités comprenant moins de 15 000 habitants à fusionner. C’était le cas de la communauté  Pays de Tongue qui à l’exception de deux communes a  fusionné avec Béziers-Méditerranée. La Domitienne  qui compte 27 000 habitants n’est théoriquement pas concerné par ces fusions. Mais je garde toujours en mémoire, ce qui s’est passé avec la communauté de communes du nord du bassin de Thau qui contre l’avis de ses membres a été forcée de rejoindre l’agglomération de Sète. Lors de la réunion de la commission départementale de coopération intercommunale (CDCI) le préfet peut toujours demander un vote sur un projet de fusion. Si la majorité qualifiée des deux tiers est obtenu, la fusion devient effective. La prochaine CDCI se tiendra en mars 2019. J’ai reçu des assurances du Préfet qui s’est engagé à ne pas faire de bouleversements avant la fin de la mandature.

On ne vous sent pas pressé de fusionner, La Domitienne peut-elle continuer à fonctionner seule ?

Notre communauté de communes possède de grands atouts avec notamment la clinique Causse qui attire plus de 350 000 personnes chaque année. La zone «  Via Europa » va continuer son développement. Et puis, il y a trois ans nous avons créé  « Cœur de Languedoc ». Cette association qui  fédère cinq intercommunalités (Béziers, Agde, Narbonne, Domitienne et Lézignan), nous a permis d’obtenir des fonds européens pour un montant de 3,5 millions D’euros. Grâce à cette structure nous pourrons également prétendre aux financements de la Région à travers les « Approches Territoriales Intégrées » (ATI) pour notamment développer le tourisme. La communauté de communes La Domitienne n’est pas isolée comme vous le voyez. La communauté de communes est à mon avis le cadre idéal pour mener des politiques de développement équilibrées et réfléchies. Pour moi, La Domitienne  n’a aucun intérêt à fusionner.

Propos recueillis par Laurent Gomez