Robert Clavijo, l’éternel militant anti-système

A 74 ans sans les paraître, portant des baskets et refusant l’aliénation du téléphone portable, Robert Clavijo, ancien professeur de lettres et de latin à La Devèze, est le tintin de la politique biterroise. Eternellement jeune d’allure, pur parmi les purs, toujours prêt à enquêter et à démasquer, Robert Clavijo préside un café philo et plusieurs associations locales.

Politiquement, c’est un ovni : écologiste naturaliste, anti-corrida fondateur du COLBAC, homme de gauche mais souverainiste et hostile à l’immigration. Chaque fois, il défend son engagement avec ténacité et constance. Fier de ses origines espagnoles, Robert Clavijo n’en est pas moins un fou de France, un patriote comme on n‘en  fait plus beaucoup…

Cependant, Robert Clavijo n’a jamais été élu et n’a jamais voulu l’être. Même démarché récemment par l’UPR d’Asselineau, parti politique national dont il est le moins éloigné, pour conduire une possible liste municipale à Béziers, il a refusé. Lui parler de se faire élire grâce à son incontestable popularité locale, c’est comme lui promettre l’enfer sur terre… Il refuse…

A l’heure ou l’extrême gauche anticapitaliste allemande se lance à son tour dans le refus de l’immigration, Robert Clavijo fait figure en France de précurseur. Ancien marxiste, il reste fidèle par-dessus tout à cette Révolution française qui  inventa une organisation territoriale qui, loin d’être un mille-feuille, ne  comprenait que 3 niveaux : en bas 36.000 communes. A mi-hauteur une centaine de départements. Au sommet l’Etat français.

Pour lui, cette organisation simple et rationnelle a fonctionné pendant deux siècles à la satisfaction générale et lui s’y tient. Vous ne trouverez donc pas meilleur ennemi que lui des intercommunalités
fantaisistes et gigantesques qui émaillent désormais notre département dans une certaine impunité politique…
Pour Clavijo : « La première conséquence est la mort de la démocratie dite de « proximité » qui est la seule démocratie possible. Il n’existe pas de démocratie d’éloignement. Dans une petite commune comme Pomérols ou Bessan tout citoyen peut rencontrer et donc influencer le maire. Mais seuls des notables, des privilégiés, peuvent rencontrer le président de l’agglo Hérault Méditerranée. Tout citoyen connaît son député au parlement français. Mais qui connaît son député au parlement européen ? Et comment le peuple pourrait-il mandater, contrôler ou seulement influencer des « députés » inconnus avec lesquels il n’a aucun contact ?  Quand les élus ne sont plus sous contrôle populaire, ils passent sous l’influence des milieux d’affaires. Les grandes entreprises ont toutes un bureau et une délégation permanente à Bruxelles où leur lobbying auprès des institutions européennes est quotidien. ».

Dans le département, Clavijo s’en prend d’abord à tous ces maires occupés à dissoudre leurs communes dans des structures de plus en plus gigantesques, centralisées et technocratiques, en acceptant d’enterrer la démocratie de proximité. Dans ces conditions, il est hostile à l’intégration de la France dans l’Union européenne et à l’intégration progressive de l’Europe dans le marché mondial, qui engendre une désastreuse course au gigantisme.

Robert Clavijo, responsable du comité biterrois du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE), se targue de ne sortir sa poubelle qu’une fois par an. Le reste du temps, il le passe à vivre selon les règles qu’il promotionne…
Cela lui donne sur le sujet des déchets une force réelle, notamment pour s’attaquer à des projets de l’Agglo…
« Il faut se représenter tout incinérateur comme un brûlot géant émettant de très nombreuses poussières, en particulier des particules fines extrêmement toxiques et de plus, véhiculant des milliers de substances chimiques…L’utilisation de filtres ne constitue aucune protection efficace contre les milliers de substances CMR
(cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) qu’émettent les incinérateurs
. L’agglo Béziers Méditerranée reconnaît du bout des lèvres que brûler des déchets ménagers est dangereux mais elle prétend que l’incinérateur qu’elle est en train de construire à Béziers sera inoffensif puisqu’il ne brûlera que les boues et les graisses extraites des égouts. Mais en quoi ces déchets d’égout sont-ils moins dangereux  à brûler que les déchets ménagers ?  Les boues et graisses que l’agglo veut brûler à Béziers sont probablement plus dangereuses à incinérer que de simples ordures ménagères… ».

Sur la corrida,  Robert Clavijo est également en première ligne : « Quand je reçois des lettres de menaces qui sont parfois des menaces de mort, des lettres courageusement anonymes qui portent seulement en en-tête «
Les associations taurines de Béziers », quand ces enveloppes me parviennent, je n’ameute pas les organes de presse, je ne vais pas pleurer dans le giron du maire de Béziers. Je me contente de confier ces enveloppes à une personne de confiance. Si je venais à périr d’une mort suspecte, cette personne remettra les lettres de menace au commissariat de police qui pourra ainsi orienter son enquête 
».

Hormis les aficionados, Robert Clavijo ne compte à Béziers que des admirateurs. Sa rigueur, son engagement bénévole et sa constance sont universellement loués; même si naturellement il est souvent rangé dans
la case des naïfs et des utopistes…

Recevant chez lui tout ce que la ville compte de militants anti-système, Robert Clavijo est ainsi le reproche vivant de la classe politique locale.

Courageux, désintéressé, informé, spécialiste très documenté de ce dont il parle, Robert Clavijo, admirateur de la démocratie directe où les philosophes comme lui avaient une place centrale, peut paraître alors comme un militant de l’ancien monde…

Laurent Gomez

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