Nos boulangeries menacées par Lidl

Alors que la boulangerie fait partie de l’âme française et qu’elle est même notre principal référent identitaire à l’étranger, le hard discounter Lidl a généralisé depuis trois ans l’installation de points chauds dans ses magasins. Pains divers et variés, ainsi que plusieurs viennoiseries sont en vente en libre-service à des tarifs sans concurrence.

Dans ces conditions, l’arrivée d’un nouveau Lidl géant en périphérie de Béziers est en train de mettre à genoux tous les boulangers du centre-ville.

Sollicitée à plusieurs reprises sur sa politique tarifaire de dumping, la société Lidl ne répond jamais….

Alors comment expliquer la différence de prix entre la grande distribution et nos artisans boulangers. Selon le magazine 60 millions de consommateurs : « alors que le boulanger traditionnel, celui qui se lève à deux heures du matin pour préparer sa pâte, gagne en moyennent 11 centimes pour une baguette vendue à un euro, les grandes surfaces ne gagnent rien au rayon pain, pour un euro de baguette, la marge nette avant impôt est même légèrement négative (perte de deux centimes) ».

Pour  Jordan Lecestre, jeune boulanger du Tarn et Garonne, originaire de Béziers, au-delà de la politique de dumping menée par les supermarchés on ne peut pas comparer  une baguette d’un artisan avec une baguette industrielle : « la cuisson finale en magasin d’une pâte industrielle fabriquée en Allemagne ou dieu sait où, n’est là que pour rendre la couleur et le croustillant du pain. La farine est bourrée d’additifs et de colorant qui servent à changer la couleur du pain. Ces pains produits par milliers n’ont d’artisanal que le nom et présentent un caractère dénutritif en ne respectant pas les règles de fermentations. »

Face à cette offensive allemande de grande envergure, la vie d’un boulanger biterrois ne semble pas être un long fleuve tranquille. Sur la commune, les boulangers tombent comme des petits pains…

« Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’artisans boulangers ou pâtissiers », explique un boulanger biterrois qui est l’un des rares commerçants à proposer des pâtisseries sur commande à la demande. « Les points chauds sont plus nombreux. Il suffit juste de faire chauffer les produits et c’est prêt. Si on veut que le commerce soit viable, la proportion sur une commune, c’est un boulanger pour 2 000 habitants. Faites les calculs ! ».

Parce qu’il faut compter, par ailleurs, sur la concurrence des grandes surfaces, qui vendent aussi des produits de boulangerie, la situation du boulanger de quartier semble désespérée, même si le boulanger fait pourtant partie de l’identité française la plus irréductible…

« Depuis qu’ils ont mis leur point chaud, ils nous font beaucoup de mal, explique un autre boulanger biterrois. Ils ont fait exploser les prix  ».

A Béziers, il y a des difficultés pour cette activité, mais pas encore au point de mettre la clé sous la porte cependant. « On ne travaille plus comme avant, ajoute le dernier boulanger biterrois interrogé. Je suis installé depuis dix-huit ans ici et j’avais, à mes débuts, neuf employés. Je ne travaille plus qu’avec mon épouse aujourd’hui. On n’est pas à la rue pour autant, loin de là, mais on a connu mieux », regrette-t-il.

La clientèle consommerait-elle moins chez les boulangers ? « Ce métier est difficile de nos jours, explique Jacqueline. C’est en grande partie dû à la conjoncture, je pense. Mais regardez aussi notre centre-ville, c’est désert. Je ne pense pas qu’on soit beaucoup touché par les grandes surfaces qui vendent du pain. Elles sont plus éloignées de nous ici. On fait un chiffre moyen, malgré la fermeture d’un autre commerce du même type en centre-ville  ».

Toutefois, des boulangers biterrois de centre-ville veulent continuer à y croire : « Nous ne sommes pas sur le même marché que ces hypermarchés qui vendent des produits de boulangeries. Nous, on travaille sur de l’artisanal, des choses faites maison. C’est vrai qu’il y a moins de pâtissiers aujourd’hui, mais la rareté fait que nous sommes beaucoup plus sollicités finalement ».

Reste que beaucoup de ces boulangeries biterroises sont discrètement en vente sur les sites spécialisés. D’autres boulangers s’interrogent et pourraient suivre le pas.

Alors que faire ? Et si, sans en faire bénéficier Lidl, nous ajoutions à l’offre des artisans boulangers un bon  journal gratuit qui fidéliserait ainsi le client ?

VL

Une pensée sur “Nos boulangeries menacées par Lidl

  • 11 mars 2019 à 17 h 14 min
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    Bonjour,
    j’aime bien votre article sur la Boulangerie. Pourquoi y-a-t-il des Gilets Jaune ? Qu’elles sont leurs revendications ?
    Peut-on manger un chausson aux pommes à 60 cts d’euro ou doit-on regarder et saliver devant les chaussons aux pommes à 2 € dans la belle pâtisserie ? Dans le même ordre d’idée, puis-je manger des fruits et légumes d’Espagne ou du Maroc à 1 € le kg ou regarder sur le marché les fruits et légumes de la Région à 3 € le kg ? Bien sûr que je suis pour l’écologie et les circuits courts, le problème, c’est que j’ai faim !
    Devant les problèmes lié aux particules dans l’air et aux restrictions de circulation, j’ai décidé de changer ma petite Diesel (5 l/100 km) contre une petite essence (7 l/100 km). Ce n’est certainement pas mieux pour l’écologie ! Aujourd’hui, j’entends que le gouvernement va devoir venir en aide à la filière diesel car des centaines de milliers d’emplois sont menacés ! Merci les écolos.
    Cordialement

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