La nouvelle voie qui contourne le village sur 3kms par le Nord a été inaugurée le 28 mars dernier. Après presque trois ans de travaux, elle est opérationnelle depuis maintenant six mois et a permis de sécuriser le centre du village. Une déviation prévue pour libérer les puisserguierains  d’un flot quotidien de 10 000 véhicules dont pas moins de 1200 poids-lourds.

Il s’agit d’un vieux projet qui traînait dans les cartons du  Conseil départemental depuis plus de cinquante ans. D’un montant initial de 15 millions d’euros (comprenant cinq ouvrages d’arts et deux giratoires) le chantier n’en aura  finalement coûté que 12, financés à 85 % par le Département, le reste étant financé par la Région.

En se promenant dans le village, on passe forcément devant le Café des arts. Un bistrot comme on les aime : une belle grande terrasse en prolongement de la magnifique promenade bordée des remparts de l’ancien château et aux murs les photos jaunies des équipes rappelant le passé  rugbystique et glorieux  du village, patrie des  frères  Herrero. La terrasse est aux trois quarts  vide.  La serveuse nous explique « c’est pas compliqué, l’année dernière à la même époque  on était deux à travailler. On faisait beaucoup de glaces avec le passage, je crois qu’en juillet on a perdu 20 % de notre chiffre d’affaire. ». Plutôt 30%, précise le patron du café.

Au bar des amis, chez Tito, même son de cloche. Tito c’est d’abord une gueule de vieux guerrier de l’ovalie, un nez qui vous dispense de carte de visite. Pour l’ancien rugbyman, ce n’est pas seulement  l’ouverture de la déviation qui l’a contraint à abandonner le service restauration, l’augmentation des contrôles routiers a également eu un impact.

Impossible de parler du sujet sans se rendre chez madame Yvars, propriétaire de la station Dyneff à l’entrée du village, qui fût un temps la « pasionaria » de la lutte  anti-déviation. Pendant que madame cherche son dossier, monsieur Yvars retrace l’histoire de l’entreprise familiale qui en est à la troisième génération « ce qui est marrant c’est que le projet remonte à l’année de création de la station par mon père en 1967. D’ailleurs mon père avait anticipé en investissant  dans des tuyaux d’alimentation, ce qui nous permettait  de tourner la station pour attraper la déviation qui devait passer initialement chemin de la Roquette » puis l’homme se lance sur les difficultés économiques qu’il a dû surmonter avec notamment la concurrence sauvage des grandes surfaces. Madame Yvars déplore surtout  le manque de communication avec la mairie : « les commerçants n’ont même pas été averti de la première réunion avec le maire de Cébazan  il a fallu créer une association pour avoir un droit de regard ». Devant l’apathie de la mairie, la commerçante s’est résolue à s’adresser directement au vice-président du conseil départemental, Philippe Vidal, pour pouvoir obtenir un changement de signalétique et la création d’un panneau avec des pictogrammes indiquant tous les commerces du village. Madame Yvars rajoute en guise de conclusion : «Maintenant elle est là, j’espère seulement que mes enfants pourront continuer à vivre de l’entreprise familiale, avec seulement  huit centimes par litre de carburant vendu il faut faire du volume. Je ne sais si à l’avenir il y aura la place pour deux stations. »

Laurent Gomez

INTERVIEW
Jean- Noël Badenas, maire de Puisserguier, amorce un 1er bilan six mois après l’ouverture de la déviation :

Monsieur le Maire, cette déviation a-t-elle désengorgé le village ?

Aujourd’hui  on comptabilise plus de 700 camions qui empruntent quotidiennement  la déviation sans parler des voitures. La qualité de vie s’est améliorée avec moins de pollution et de bruit . Et puis il y avait surtout un vrai problème de sécurité. A titre d’exemple, il y a moins d’un mois à Taussac-la-Billière un camion a perdu son chargement de blocs de béton entraînant un accident grave et malheureusement des décès. Il y a quelques années un poids-lourd a laissé échapper un énorme bloc de granit en dessous du cimetière sans, par chance, blesser personne.

Pourtant il semblerait que cette déviation ne fasse pas l’unanimité dans le village…

Je n’ai jamais fait mystère de ma volonté de voir ce projet aboutir. J’y travaille depuis mon premier mandat de conseiller général. A l’heure où l’on reproche souvent aux élus de ne pas tenir leurs promesses, moi je suis droit dans mes bottes. Grâce à la déviation nous avons pu refaire la fête du village au centre comme avant et non plus sur le parking de la cave coopérative où elle s’était exilée. Cette année nous recevons la visite des « brescoudos ».Vraiment nous nous sommes réappropriés  le centre de notre village.

Certains commerçants parlent d’un manque de concertation de votre part…

Je comprends leur inquiétude. Mais je ne  peux pas vous  laisser dire qu’il n’a pas eu concertation. Des réunions pour travailler sur les pénétrantes et sur la revitalisation du cœur de ville ont été organisées.

Quels sont les prochains projets de votre municipalité ?

Après la grande catastrophe de 1996, une partie du village avait été déclarée en zone rouge et donc impropre à toute urbanisation. Désormais déclassifié, cet espace qui devrait s’appeler Clémentine, pourra accueillir une maison médicalisée ainsi que vingt- cinq logements sociaux en partenariat avec Hérault Habitat. Il permettra de créer du lien entre les nouveaux quartiers et le cœur du village. Par ailleurs, pour fêter les cent ans de l’armistice de la première guerre mondiale, nous avons décidé de réhabiliter le monument aux morts tout en réparant une injustice puisque des noms avaient été oubliés. Ces travaux permettront une mise en valeur de la « fontaine vieille », à travers une vitrine par laquelle le public pourra observer la grotte et son eau cristalline avec la mise en place d’un éclairage adapté.

Envisagez-vous d’être candidat aux élections municipales de 2020 ?

Le réaménagement que nous avons initié avec la déviation s’inscrit dans une politique à moyen terme. Je serai donc candidat pour finir de mener à bien ce projet.

Courte biographie politique : Jean-Noël Badenas :

  • 1995 : 1ère élection au conseil municipal
  • 1999 : Président de la Communauté des Communes qui regroupe les communes de Capestang, Creissan, Cruzy, Montels, Montouliers, Poilhes, Puisserguier, Quarante.
  • 2001 : Président de la Communauté des Communes “Entre Lirou et Canal du Midi.”
  • 2004 : Conseiller général du Canton de Capestang. Réélu en 2011
  • 2008 : Maire de Puisserguier, Président de la communauté de communes « Canal-Lirou ».
  • 2014 : Réélu maire de Puisserguier, Président de la communauté de communes « Sud-Hérault ».
  • 2017 : Conseiller régional d’Occitanie