Obsolescence programmée : conçu pour ne pas durer ?

Aujourd’hui, la plupart des objets dont nous nous servons (électroménager, numérique…) ont une durée vie limitée. Ce syndrome est appelé « obsolescence programmée ». En 2015, la loi française définit l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie pour en augmenter le taux de remplacement. ». Il peut s’agir d’un matériel volontairement conçu pour ne pas pouvoir « évoluer », de produits dont la conception comprend des « fragilités » délibérées ou l’impossibilité de les réparer. Ainsi, Apple a reconnu, fin 2017, avoir intentionnellement bridé le processeur de « vieux » modèles d’iPhone 6 et d’iPhone 7, au motif officiel de préserver la durée de vie de leurs batteries. Le lancement à cette même période des nouveaux modèles iPhone 8 et iPhone X était, n’en doutons pas, une pure coïncidence ! Début 2018, le parquet de Paris a ouvert une enquête, confiée au service national des enquêtes de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), pour « tromperie » et « obsolescence programmée ».

Une ampoule qui fonctionne depuis plus de 100 ans !

En France, chaque année, 40 millions de biens tombent en panne et ne sont pas réparés. Cela engendre des dépenses supplémentaires superflues pour leur remplacement, mais aussi un gâchis de ressources et des difficultés dans le traitement et le recyclage des déchets. Pourtant, il est possible pour les industriels de concevoir des produits qui ne soient pas programmés pour tomber en panne au bout d’un laps de temps donné. Ainsi, dans une caserne de pompiers à Livermore en Californie, une ampoule fonctionne sans discontinuer depuis…plus de 100 ans ! Ça c’était avant ! Avant qu’un groupe appelé « Cartel Phoebus » (ou « Comité des 1000 heures ») y mette bon ordre ! Ce cartel regroupait à l’époque les plus gros industriels du luminaire comme par exemple OSRAM, Philips ou encore General Electric. Ensemble, ils ont décidé de passer la durée de vie des ampoules à 1000 heures. C’est donc la logique du marché, d’accumulation du profit, qui a conduit les industriels dès les années 1930 à limiter intentionnellement la durée de vie de leurs produits. Après 100 ans de « progrès », les choses ne se sont hélas pas améliorées. La durée de vie d’un appareil électroménager qui était de 10/12 ans dans les années 70 est passée à 7/8 ans aujourd’hui…

Pour être totalement « efficace » l’obsolescence programmée doit s’accompagner de l’impossibilité de réparer ! Un jour, mon plombier a été surpris que mon robinet qui fuyait, à cause d’un joint à 2 euros, soit démontable. Il m’a dit : « d’habitude, il faut changer l’ensemble »…pour une centaine d’euros ! La puissance publique devrait donc interdire la commercialisation d’objets qui ne soient pas réparables. De la même manière, les entreprises devraient être contraintes de garantir au moins 10 ans tous leurs produits, ce qui les incitera à les rendre plus durables !

Et si, par ailleurs,  les objets constituaient un formidable gisement de matières premières… et d’emplois ? Pourquoi ne pas systématiser, dans chaque territoire, la création de « ressourceries », « recycleries » et autres ateliers participatifs de réparation ? Acteurs du réemploi, ces structures collectent des biens ou équipements encore en état de fonctionnement mais dont les propriétaires souhaitent se séparer, les remettent en état pour les revendre d’occasion à des personnes ayant des revenus modestes, ou en récupèrent les matériaux pour l’industrie du recyclage. En plus de leur mission de réemploi, elles font de la sensibilisation et de l’information sur la réduction et la gestion des déchets pour les écoles et les habitants du quartier. En réinsérant des personnes en difficulté sociale, en sensibilisant sur les déchets, elles contribuent à créer du lien social dans leur territoire.

Un enjeu de société

Un autre aspect, plus insidieux, de l’obsolescence programmée est la mise en place de stratégies, marketing et publicitaire, visant à inculquer à l’acheteur le désir de posséder quelque chose d’un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire. Le renouvellement incessant des gammes de produits a pour vocation de rendre « vieillots » et « ringards » les précédentes, en mettant l’accent sur les améliorations évidemment indispensables qu’elles procurent. Ainsi la Citroën « 2 CV » a été fabriquée de 1948 à 1990, soit 42 ans sans changement majeur. Aujourd’hui, la « DS3 », produite depuis 2010 a déjà connu trois « restylages ». Et le rythme est encore plus effréné dans le domaine du numérique ! Notre consommation de nouvelles technologies nous pousse par exemple à changer de mobile en moyenne tous les 2 ans, plus précisément tous les 22 mois en France. En effet, tout est fait pour nous inciter à toujours vouloir passer plus rapidement à un modèle supérieur, plus puissant et plus performant.

Au-delà d’une question purement technique la lutte contre l’obsolescence programmée est donc un enjeu de société, car selon la formule de Pierre Joliot-Curie : « une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement ».

Antoine Stark

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