Et si le marché municipal de Béziers revenait autour des halles ?

Quand on parle des halles de Béziers, nous vient  rapidement  en tête la comparaison avec sa voisine de Narbonne. Entre les halles de Béziers, étouffées et fragilisées par une crise commerciale voyante, et les halles de Narbonne qui rayonnent chaque dimanche matin à des dizaines de kilomètres à la ronde, il n’y a décidément pas photo.

Pourtant, les halles de Béziers furent jadis une institution de même rayonnement…

Mais à Béziers, les halles n’ont pas eu beaucoup de chance. Elles furent trop insérées dans le centre-ville historique. Dans ces conditions, elles ne bénéficient pas d’un espace optimal comme c’est le cas en revanche à Narbonne où les halles sont situées en lisière de l’ancien cœur de ville, au bord du canal de la Robine et de ses espaces dégagés où peut se tenir le marché.

Mais plus que de leur situation géographique, les halles ont eu à souffrir des mauvais choix effectués par l’ancienne municipalité Couderc qui avait parié sur la mort  inévitable du marché couvert. Comment  justifier  la politique de création de zone  franche urbaine  qui a privé les Halles de sa clientèle traditionnelle faite en grande partie de professions libérales ?

Pour le maraicher «  Citronnelle », il n’y a aucun  mystère « on ne peut pas dire que le cœur de ville était la priorité de l’équipe Couderc. Avec la création de la zone franche du carré d’Hort  j’ai même cru qu’il nous avait porté le coup fatal. Maintenant, les nouvelles  zones franches sont dans le centre. »

Une  autre commerçante confirme le nouvel optimisme qui souffle sur les halles : « Ménard, avec sa politique de rénovation du cœur de ville, il a rendu sa beauté à notre ville. Cet été par exemple, nous avons eu plus de touristes, ça donne plus envie maintenant de faire une halte. »

Cynthia Garcia la nouvelle présidente des commerçants des halles fraichement élue souligne l’importance de la mise en place d’une zone bleue : « nos clients peuvent désormais disposer d’un stationnement gratuit pendant 30 minutes. »

Il est vrai que les halles reviennent de loin. Il y a encore peu, elles semblaient à elles seules, avec leurs étals fermés et leurs allées vides, illustrer le marasme économique du centre-ville. Aujourd’hui, les halles n’offre plus le même spectacle de désolation, on ne croise plus ces grands espaces vides.  Les six « gargotes » que comptent désormais les halles y sont pour beaucoup, il est vrai.

Thierry Hund est un peu la mémoire vivante des halles, fils d’une longue lignée de bouchers, il avait deux ans quand son père prit un étal aux halles en 1966.

Ce boucher  fait  partie des trois rescapés parmi les dix-sept boucheries que comptaient encore les halles au milieu des années 80. S’il regrette un règlement un tantinet désuet ainsi que l’interdiction d’ouvrir en soirée qui lui est faite, notre sympathique boucher reconnaît que la localisation du marché paysan sur le pourtour des halles crée une véritable synergie avec les autres commerces. Thierry Hund se souvient qu’il y a quelques années, les commerçants des halles de Béziers avaient applaudi au rapport commandé par l’ancien rugbyman Hortolan dans les derniers mois de l’administration Barrau. Un rapport qui justement préconisait de rapatrier le marché municipal dans l’hyper centre.

Faire revenir le marché autour des halles pourrait apparaître donc comme LA solution, d’autant plus envisageable que la création de la place Des Trois Six offre de nouvelles possibilités d’installation.

Laurent Gomez

INTERVIEW
« Un bel écrin pour accueillir le marché paysan »

Rencontre avec  Benoît d’Abbadie, 2éme adjoint au Maire de Béziers, chargé du développement économique et du commerce.

L’Agora du Biterrois : Depuis votre arrivée à la mairie, quelle a été la priorité concernant les halles ?

Benoit d’Abbadie: En 2014, les halles avaient un peu des allures de hall de gare déserte, sur 26 étals disponibles seulement 14 étaient occupés. L’offre entrainant la demande, il était urgent d’encourager de nouveaux commerçants à venir s’installer dans le marché couvert. Aujourd’hui sur les 26 étals, seulement deux sont libres. Nous avons reçu deux projets d’installation que nous allons étudier cette semaine en commission.

Quelles sont  les mesures que vous avez prises pour redynamiser le commerce des halles ?

L’un des principaux problèmes était la difficulté que rencontraient les clients pour stationner leurs véhicules. Il y a bien le parking de la Madeleine mais il est sous utilisé, les Biterrois n’aiment pas trop les parkings souterrains. C’est pour cette raison que les tarifs ont été remaniés et la surveillance renforcée. Parallèlement plus d’une centaine de places de parking ont été créées en zone bleue, elles sont gratuites et réservées à des périodes de courtes ne dépassant pas la demi-heure.

Le quartier des halles semble un peu l’oublié dans la politique de rénovation du centre-ville.

Vous plaisantez ? Tout le pourtour des halles a été refait ainsi que la rue Pierre Flourens. La place de la Madeleine offre désormais un bel écrin pour accueillir le marché paysan. Vous devez sans doute faire référence aux façades. En ce qui les concerne nous allons mettre en place la même politique de rénovation que sur les allées Paul Riquet.

En parlant du marché paysan, certains commerçants des halles regrettent son départ. Ne peut-on pas envisager de déplacer le marché du vendredi  autour des halles et sur les places environnantes Mairie, Trois-Six et Madeleine ?

Je pense qu’il est toujours délicat de déplacer une institution. Lors de la rénovation du pourtour des halles, nous avons  équipé tout un côté du bâtiment  avec  notamment un accès à l’électricité. Nous étudions la possibilité d’organiser un marché sans doute le mardi ou le mercredi qui sont les deux jours où la fréquentation des halles est la plus faible.

INTERVIEW
« L’avenir des halles dépend de  l’évolution du centre-ville »

Tête de liste socialiste aux élections municipales de 2014 à Béziers, Jean-Michel Du Plaa est aujourd’hui conseiller municipal d’opposition…

L’Agora : pour notre premier numéro la rédaction de l’Agora du Biterrois s’est intéressé aux halles de Béziers. Quel est votre sentiment sur la situation économique de ce marché ?

Jean-Michel  Du Plaa : Régulièrement on pose la question de savoir pourquoi les halles de Béziers ne marchent pas et immanquablement on fait la comparaison avec celles de Narbonne. Historiquement  les halles sont un marché de proximité où l’on trouve des produits frais tous les jours. Malheureusement  le centre- ville a perdu beaucoup d’habitants, si la population de Béziers n’a pas bougé depuis quarante ans, la surface urbanisée n’a pas cessé de s’étaler. Avec la concurrence de la grande distribution avec ses parkings gratuits  et les nouveaux modes de consommations notamment le recours au surgelé, les halles ont perdu leur rôle de marché de proximité.

L’avenir des halles n’est-il  pas dans la création d’un marché offrant des  produits plus « haut de gamme » ?

Aujourd’hui  les produits vendus aux halles n’offrent pas une spécificité suffisante pour justifier de prendre son 4×4 et faire les quelques kilomètres qui vous séparent du centre-ville. Si vous regardez le marché paysan vous verrez qu’ils ont su fidéliser une clientèle grâce à des produits que l’on ne retrouve pas ailleurs, des produits  issus de circuits courts et élaborés par de petits producteurs. Je ne pense pas qu’il y ai une clientèle suffisante dans l’agglomération pour assurer  la viabilité d’un marché qui serait uniquement dédié à des produits « haut de gamme ». Aujourd’hui on ne peut pas imaginer une relance des halles si cela ne s’inscrit pas dans une véritable évolution du centre-ville.

La politique de rénovation  du centre-ville lancée  par la municipalité actuelle va donc dans le bon sens ?

La clientèle qui subsiste est victime ce qui est devenu la caractéristique du quartier à savoir une concentration de la population la plus précaire. Il faut donc  une vraie politique afin de faire revenir en centre-ville les classes moyennes et les professions libérales. Pour cela il faut détruire tous les ilots qui sont irrémédiablement insalubres et  créer des logements de qualité. Il s’agit d’une politique difficile à mener car les promoteurs immobiliers  préfèrent  faire des lotissements avec  des petites villas car les investissements y sont moindres  et la rentabilité beaucoup plus importante que dans la rénovation de l’ancien.

Lors de la dernière campagne municipale Robert Ménard avait parlé d’une sorte de « deal » avec les promoteurs immobiliers à savoir de nouveaux terrains à lotir en échange de programmes de rénovation en centre-ville.

Je pense que le maire de Béziers commet une erreur  en faisant reposer sa politique de reconquête du centre uniquement sur l’initiative privée. Il faut également une volonté publique affichée. L’exemple de Castres est édifiant à ce sujet, on a assisté à un véritable partenariat privé-public. Alors que près de 75% des Biterrois peuvent être éligibles aux H.L.M, Robert Ménard s’oppose à tout nouveau programme en centre-ville. La création d’un programme de 500 villas dans le quartier du Frigoulas près de Décathlon illustre bien les limites de cette volonté de s’en remettre uniquement au privé.

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